Buffon et l'histoire naturelle : l'édition en ligne 

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Présentation du tome IV

Paru en 1753, le volume IV est un volume essentiel qui présente différents aspects fondamentaux de l’Histoire naturelle. Son sommaire donne trois divisions principales :

  1. Des textes liés à la censure des trois premiers volumes par la Sorbonne (Lettre de MM. les Députés et Syndic de la Faculté de théologie à M. de Buffon; Réponse de Buffon; Seconde lettre de MM. les Députés et Syndic de la Faculté de théologie à M. de Buffon).
  2. Des textes généraux qui exposent la conception que Buffon se fait de la nature animale (Discours sur la Nature des Animaux) et de l’action de l’homme sur la nature sauvage par la domestication (Les Animaux domestiques).
  3. Les trois premières monographies, donnant l’Histoire naturelle des trois premiers animaux non-humains (Le Cheval, L’Âne, Le Bœuf).

Plusieurs éléments sont à noter ici. D’abord, le fait que le quatrième volume s’ouvre par la censure de la faculté de théologie jette une ombre suspecte sur l’ensemble des textes contenus dans ce volume et pose de difficiles problèmes d’interprétation. Face à la censure, Buffon achète sa tranquillité en faisant amende honorable: il accorde tout, retire tout ce qu’on lui demande. C’est ici une attitude bien différente de celle adoptée par Montesquieu par exemple, qui pour sa part se lance dans une Défense de l’Esprit des lois. Buffon ne tente rien de tel: il se soumet, sans condition et de bonne grâce. Cette attitude a suscité de nombreuses lectures contradictoires: on a condamné la lâcheté du grand homme, décelé l’ambition du jeune arriviste prêt à toutes les compromissions pour réussir, ri du cynisme et de la désinvolture avec laquelle finalement Buffon se débarrasse de ses adversaires. Une soumission de façade, fût-elle complète, n’engage finalement à rien. Si l’on retient cette dernière lecture (Buffon matérialiste hypocrite, adepte d’un art d’écrire, qui se jouerait d’autant plus aisément de la censure qu’il déclare s’y soumettre), alors on ne sait plus comment on doit lire le texte de Buffon.
En particulier, un texte dans l’ouvrage a suscité les nombreuses interrogations des critiques: c’est le texte de l’Âne, où Buffon formule avec clarté une hypothèse: et si l’âne n’était qu’un cheval dégénéré? Notamment, il formule cette hypothèse, mais il lui donne encore d’amples développements, si bien qu’on a pu voir ici l’image d’un Buffon transformiste avant Lamarck, précurseur de Darwin. En effet, l’important est que l’Histoire naturelle de l’Âne propose un concept transformiste de l’espèce: et tant pis si, in fine, elle le rejette, il n’en demeure pas moins que l’hypothèse est des plus révolutionnaires et que Buffon lui donne un grand éclat. L’argument de l’hypocrisie de Buffon rejaillit donc sur la lecture qu’on a pu faire de l’Âne: le rejet de la dégénération originaire du cheval en âne ne serait ici qu’une façade, destinée à endormir les docteurs de Sorbonne.
Enfin, on trouve dans ces premiers textes de Buffon différents points qui méritent d’être soulignés. On peut s’interroger sur le fait que Buffon commence par les Animaux domestiques; puis que parmi eux, il place en tête Le Cheval; ou encore que dans l’Histoire naturelle comme dans la Nativité de Jésus-Christ, l’Âne et le Bœuf aillent côte à côte — tous ces points se prêtent à différentes lectures —nous avons essayé d’en rendre compte dans notre article «La comparaison des formes. Ordre et méthode dans l’Histoire naturelle de Buffon», Corpus, Revue de Philosophie, n°43 (2003), pp.355-416, mis en ligne sur ce site (section Études).
Buffon apparaît également comme un descripteur précis et presque pompeux des allures animales, un styliste anthropocentriste: en particulier, par le claironnant début de l’Histoire naturelle du Cheval, et par la description des allures de cet animal (sur ce point, cf. le commentaire que nous donnons de «la plus noble conquête de l’homme», dans la section citations célèbres).

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Directeurs de publication : Pietro Corsi et Thierry Hoquet, hébergement : Centre de Calcul de l'IN2P3-CNRS.