Buffon et l'histoire naturelle : l'├ędition en ligne 

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Présentation des tomes I à III

Buffon avait le projet d’un « catalogue du cabinet du roi ». Finalement, l’ouvrage dont il publie les trois premiers volumes en 1749 s’appelle : Histoire naturelle, générale et particulière. Ce changement de titre marque une profonde mutation de son programme et plusieurs critiques dénonceront là une imposture : on nous avait promis une histoire naturelle, c'est-à-dire un inventaire des êtres naturels connus, et l’ouvrage de Buffon nous en donne seulement la préface.

En effet, les trois premiers volumes ne contiennent pas la liste des animaux tant attendue. Au lieu de cela, le premier volume contient une introduction méthodologique générale (Premier Discours. De la manière d’étudier et de traiter l’histoire naturelle) et une théorie de la terre (la description de la physique terrestre, avec des hypothèses sur sa formation, sur l’origine des montagnes, sur le rôle des marées et des volcans…). Le second volume s’ouvre par une Histoire générale des animaux, où Buffon expose sa théorie de la génération et affirme l’unité du monde organique (on ne peut assigner aucune différence fixe entre l’animal et le végétal). Ce second tome se poursuit par un Discours sur la nature de l’homme, qui affirme la différence métaphysique de l’homme parmi les animaux et qui donne les premiers éléments de la physique de l’homme (l’enfance, la puberté, le vieillissement…). Enfin le troisième volume donne un texte important de description anthropologique : les Variétés dans l'espèce humaine qui constituent comme un tableau de variation de la forme de l’homme sous tous les climats. Il se termine par un texte où Daubenton donne la description des pièces du cabinet du roi relatives à l’espèce humaine.

On voit ainsi que l’Histoire naturelle de Buffon affirme l’ambition de donner un système général de la nature, autrement dit, une physique. Celle-ci sera qualifiée de matérialiste ou d’épicurienne : en effet, Buffon s’oppose de manière radicale aux « théologies de la nature » (physico-théologie) qui voient dans chaque être naturel une preuve de l’existence de Dieu et qui insistent dans toutes leurs observations sur la perfection et la beauté des créatures. Pour Buffon, Dieu est exclu de l’histoire naturelle et le naturaliste s’emploie au contraire à identifier les forces matérielles qui opèrent : attraction et impulsion dans la physique de la terre (avec intervention d’une comète au lieu du doigt de Dieu), forces « pénétrantes » dans la physique des corps vivants (ces forces expliquent comment une matière s’organise). Ainsi la nature se voit revêtue d’une puissance : elle doit seule rendre compte de tous les phénomènes naturels, elle constitue un espace autonome par rapport aux puissances surnaturelles (la divinité, dont l’intervention est admise en principe mais réduite à des interruptions ponctuelles et sans effet physique notable — les miracles).

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Directeurs de publication : Pietro Corsi et Thierry Hoquet, hébergement : Centre de Calcul de l'IN2P3-CNRS.