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Auteur : Diderot, Le Neveu de Rameau.
Date et contexte : 1762
Extrait : "Buffon toujours guindé sur des échasses, n'est qu'un déclamateur ampoulé."
Document associé :
Diderot, Le Neveu de Rameau
LUI.-- Je ferais comme tous les gueux revêtus ; je serais le plus insolent maroufle qu'on eût encore vu. C'est alors que je me rappellerais tout ce qu'ils m'ont fait souffrir ; et je leur rendrais bien les avanies qu'ils m'ont faites. J'aime à commander, et je commanderai. J'aime qu'on me loue et l'on me louera. J'aurai à mes gages toute la troupe villemorienne, et je leur dirai, comme on me l'a dit, "Allons, faquins, qu'on m'amuse", et l'on m'amusera ; "qu'on me déchire les honnêtes gens", et on les déchirera, si l'on en trouve encore ; et puis nous aurons des filles, nous nous tutoierons, quand nous serons ivres, nous nous enivrerons ; nous ferons des contes ; nous aurons toutes sortes de travers et de vices. Cela sera délicieux. Nous prouverons que de Voltaire est sans génie ; que Buffon toujours guindé sur des échasses, n'est qu'un déclamateur ampoulé ; que Montesquieu n'est qu'un bel esprit ; nous reléguerons d'Alembert dans ses mathématiques, nous en donnerons sur dos et ventre à tous ces petits Catons, comme vous, qui nous méprisent par envie ; dont la modestie est le manteau de l'orgueil, et dont la sobriété la loi du besoin. Et de la musique ? C'est alors que nous en ferons.
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