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Auteur : Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Études progressives d’un naturaliste pendant les années 1834 et 1835, Paris, Roret, 1835.
Date et contexte : 1835
Extrait : p. 105-6 : « Buffon, qui a précédé Cuvier, le complète pour tout ce qui nous reste à savoir touchant les révolutions du globe, pour tout ce que nous imposent de recherches leurs relations génésiaques à l’égard des êtres organisés actuels : son génie poétique, perspicace, platonique, s’en vint en quelque sorte prendre place à la droite du Très-Haut. Ce grand écrivain, dans sa hardiesse philosophique, puisa sa vue des mondes dans les rapports des choses, qu’il parvint à percevoir d’ensemble, parce qu’il avait su les considérer à grande distance de leur réciproque affinité. Le passé, le présent, l’avenir même, sont révélés à qui saisit l’enchaînement nécessaire des faits. Voilà comment Buffon n’admit qu’une seule création, qui a eu ses phases d’existence, qui s’est traînée longtemps dans la débilité du premier âge, dont les progrès furent un jour à la fin marqués par l’apparition du genre humain, et dont les forces s’accrurent et s’accroîtront de mieux en mieux, au moyen que l’empire que l’homme s’en vint prendre et qu’il continuera de plus en plus à prendre à la surface de la terre. »
S’élever au-dessus de cette fourmilière d’hommes qui s’individualisent et s’absorbent dans les soins de la vie matérielle ; aborder de front toutes les données de l’univers dans le passé, dans le présent et dans l’avenir ; enfin, penser à comprendre les rapports des choses, à les traduire et à les expliquer, c’est entrer dans le sein de Dieu : c’est s’y complaire avec appétence des brillants résultats de cette célèbre sentence, Rerum cognoscere causas, c’est par ce haut exercice de la pensée, engager plus avant l’humanité dans les routes du savoir, dans les fins de notre infinie perfectibilité. Tel fut notre Buffon, cet admirable et profond philosophe, dont les écrits, aussi bien que les travaux administratifs dans le Jardin du Roi, ont fondé l’école zoologique française, et dont on a dit avec justice : Majestati naturae par ingenium. »
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