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•Leclerc, Comte de Buffon,  HISTOIRE NATURELLE, GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE,AVEC LA DESCRIPTION DU CABINET DU ROI. Tome Vingt-troisième.
•• Le Labbe ou le Stercoraire.
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*Le Labbe ou le Stercorairea.
Voici un oiseau qu’on rangeroit parmi les mouettes en ne considérant que sa taille et ses traits ; mais s’il est de la famille, c’est un parent dénaturé ; car il est le persécuteur éternel et déclaré de plusieurs de ses proches, et particulièrement de la petite mouette cendrée, tachetée, de l’espèce nommée kutgeghef par les pêcheurs du Nord. Il s’attache à elle, la poursuit sans relâche, et dès qu’il l’aperçoit quitte tout pour se mettre à sa suite ; selon eux c’est pour en avaler la fiente, et dans cette idée ils lui ont imposé le nom de strundjager, auquel répond celui de stercoraire ; mais nous lui donnerons ou plutôt nous lui conserverons le nom de labbe, car il y a toute apparence que cet oiseau ne mange pas la fiente, mais le poisson que la mouette poursuivie rejette de son bec ou vomitb ;

* Voyez les planches enluminées, n.º 991.
a Strund-jager. Recueil 
des Voyages du Nord ; Rouen, 1716, tome II, page 89. — Le chasse-merde ou 
stercoraire. Salerne, Ornith. page 382. — Stercorarius fuscus, supernè 
saturatiùs, infernè dilutiùs ; rectricibus saturatè fuscis..… 
Stercorarius. Le Stercoraire. Brisson, Ornithol. tome VI, page 150.
b 
Quelques Naturalistes ont écrit que certaines espèces de mouettes en 
poursuivent d’autres pour manger leurs excrémens ; j’ai fait tout ce qui a 
dépendu de moi pour vérifier ce fait, que j’ai toujours répugné de croire 
; je suis allé nombre de fois au bord de la mer, à l’effet d’y faire des 
observations, j’ai reconnu ce qui a donné lieu à cette fable, le voici :
Les 
mouettes se font une guerre continuelle pour la curée ; du moins les grosses 
espèces et les moyennes ; lorsqu’une sort de l’eau avec un poisson au bec, 
la première qui l’aperçoit fond dessus pour le lui prendre ; si celle-ci ne 
se hâte de l’avaler, elle est poursuivie à son tour par de plus fortes 
qu’elles, qui lui donnent de violens coups de bec ; elle ne peut les éviter 
qu’en fuyant ou en écartant son ennemi ; soit donc que le poisson la gêne 
dans son vol, soit que la peur lui donne quelque émotion, soit enfin qu’elle 
sache que le poisson qu’elle porte, est le seul objet de la poursuite, elle se 
hâte de le vomir ; l’autre qui le voit tomber, le reçoit avec adresse et 
avant qu’il ne soit dans l’eau ; il est rare qu’il lui échappe.
Le 
poisson paroît toujours blanc en l’air, parce qu’il refléchit la lumiete, 
et il semble, à cause de la roideur du vol, tomber derrière la mouette qui le 
vomit. Ces deux circonstances ont trompé les Observateurs.
J’ai vérifié le 
même fait dans mon jardin ; j’ai poursuivi, en criant, de grosses mouettes, 
elles ont vomi en courant le poisson qu’elles venoient d’avaler ; je le leur 
ai rejeté, elles l’ont très-bien reçu en l’air, avec autant d’adresse 
que des chiens. Note communiquée par M. Baillon, de Montreuil-sur-mer.
 
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