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•Leclerc, Comte de Buffon,  HISTOIRE NATURELLE, GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE, AVEC LA DESCRIPTION DU CABINET DU ROI. Tome Seizième.
•• L’Autruche.
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L’Autruchea. Voyez les planches enluminées, n.º 457 ; et pl. XXIX de ce volume.
L’autruche est un oiseau très-anciennement connu, puisqu’il en est fait mention dans le plus ancien des Livres ; il falloit même qu’il fût très-connu, car il fournit aux Écrivains sacrés plusieurs comparaisons tirées de ses mœurs et de ses habitudesb ; et plus anciennement encore sa chair étoit, selon toute apparence, une viande commune, au moins parmi le peuple, puisque le Législateur des Juifs la leur interdit comme une nourriture immondec ; enfin, il en est question dans Hérodote, le plus ancien des Historiens profanesd, et dans les Écrits des premiers Philosophes

a Autruche, en Hébreu, Jacuah ; en Arabe, Neamah ; en Grec, 
σπθδος ; en Latin, Struthio ; en Espagnol, 
Avestruz ; en Italien, Strutzo ; en Allemand, Struss ou Strauss ; en Anglois, 
Ostrich. — Autruche. Belon, Hist. nat. des Oiseaux, page 231. — Mémoires 
pour servir à l’Histoire des Animaux, partie II, page 113, avec une assez 
bonne figure. — Albin, tome III, page 13, planche XXXI, avec une figure 
coloriée.
b Habitabunt ibi struthiones. Isaïe, chap. XIII, N. 21. 
— Filia populi mei crudelis quasi struthio in deserto. Jérém. Thren. cap. 
IV, N. 3. — Luctum quasi struthionum. Mich. cap. I, N. 8.
c 
Levitic. cap. XI, N. 16. — Deuteron. cap. XIV, N. 15.
d Nota. 
Hérodote, si l’on en croit M. de Salerne (Ornithologie, page 79), parle de 
trois sortes d’autruches ; le strouthos aquatique ou marin, qui est le poisson 
plat nommé plye ; l’aërien, qui est notre moineau, et le terrestre 
(katagaios), qui est notre autruche. De ces trois espèces, la dernière est la 
seule dont j’aie trouvé l’indication dans Hérodote (In Melpomene, versus 
finem), encore ne puis-je être de l’avis de M. Salerne sur la manière 
d’entendre le strouthos katagaios qui, selon moi, doit être ici traduit par 
autruche se creusant des trous dans la terre, non que j’admette de telles 
autruches, mais parce qu’Hérodote parle en cet endroit des productions 
singulières et propres à une certaine région de l’Afrique, et non de celles 
qui lui étoient communes avec d’autres contrées (Hæ sunt illic feræ, et 
item quæ alibi). Or l’autruche ordinaire étant très-répandue et par 
conséquent très-connue dans toute l’Afrique, ou bien il n’en auroit pas 
fait mention en ce lieu, puisqu’elle n’étoit pas une production propre au 
païs dont il parloit, ou du moins s’il en eût fait mention, il auroit omis 
l’épithète de terrestre, qui n’ajoutoit rien à l’idée que tout le 
monde en avoit ; et en cela cet Historien n’eût fait que suivre ses propres 
principes, puisqu’il dit ailleurs (in Thalia), en parlant du chameau, Græcis 
utpotè scientibus non puto describendum. Il faut donc, pour donner au passage 
ci-dessus un sens conforme à l’esprit de l’Auteur, rendre le katagaios 
comme je l’ai rendu, d’autant plus qu’il existe réellement des oiseaux 
qui ont l’instinct de se cacher dans le sable, et qu’il est question dans le 
même passage de choses encore plus étranges, comme de serpens et d’ânes 
cornus, d’acéphales, etc. et l’on sait que ce Père de l’Histoire 
n’étoit pas toujours ennemi des fables ni du merveilleux.
À l’égard des 
deux autres espèces de strouthos, l’aërien et l’aquatique, je ne puis non 
plus accorder à M. Salerne que ce soit notre moineau et le poisson nommé plye, 
ni imputer avec lui à la langue Grecque fi riche, si belle, si sage, 
l’énorme disparate de comprendre sous un même nom des êtres aussi 
dissemblables que l’autruche, le moineau et une espèce de poisson. S’il 
falloit prendre un parti sur les deux dernières sortes de strouthos, 
l’aërien et l’aquatique, je dirois que le premier est cette outarde à long 
cou, qui porte encore aujourd’hui dans plus d’un endroit de l’Afrique le 
nom d’autruche volante, et que le second est quelque gros oiseau aquatique à 
qui sa pesanteur ou la foiblesse de ses ailes ne permet pas de voler.
 
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