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•,  Charles Nicolas Sigisbert Sonnini de Manoncourt (1751-1812)
•• Charles Nicolas Sigisbert Sonnini de Manoncourt (1751-1812)
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Biographie universelle et ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs crimes. Nouvelle édition, Publiée sous la direction de M. Michaud ; Revue, corrigée et considérablement augmentée d’articles omis ou nouveaux ; ouvrage rédigé par une société de gens de lettres et de savants. Tome Trente-neuvième.
SONNINI DE MANONCOURT (CHARLES-NICOLAS-SIGISBERT), naturaliste, naquit à Lunéville, le 1er février 1751. Il était fils de Nicolas Charles-Philippe Sonnini, Romain d’origine, conseiller du roi de Pologne Stanislas, receveur particulier de ses finances, seigneur du fief de Manoncourt en Vermois et se prétendant issu de l’illustre maison Farnèse. Il fit ses études à l’université de Pont-à-Mousson, la plus considérable des maisons que les jésuites possédassent alors en France. Ses succès furent si rapides que, le 21 juillet 1766, à peine âgé de 15 ans et demi, on l’éleva au grade de docteur en philosophie. De cette époque datent ses liaisons avec Buffon et avec Nollet, qui favorisèrent ses brillantes dispositions pour les recherches d’histoire naturelle. Son père le destinait à la magistrature, il se rendit à Strasbourg afin d’étudier le droit, et se fit recevoir, le 14 novembre 1768, avocat à la cour souveraine de Nancy. Mais le besoin des voyages et la passion des découvertes ne lui permirent point de suivre cette carrière. Il l’abandonna bientôt pour prendre le parti des armes. D’abord cadet noble dans les hussards d’Esterhazi, il passa ensuite dans le génie de la marine, et sollicita son envoi à Cayenne en qualité de cadet à l’aiguillette, ce qui eut lieu en 1772. Arrivé à la Guyane, il se hâta de parcourir cette immense province. Les dangers, les entreprises difficiles, les privations qu’elles exigent, une nature toute sauvage, rien ne peut l’arrêter, rien n’effraye son âme ardente, rien n’est au-dessus de son robuste tempérament. En peu de temps il acquiert, même parmi les créoles flibustiers, la réputation d’un voyageur déterminé et infatigable. Les administrateurs de la colonie pensèrent à profiter de son zèle et de son dévouement pour connaître les ressources que le pays présente. Il accepte et s’enfonce dans les bois, afin de rechercher, découvrir, attaquer et détruire les établissements des nègres marrons, qui inquiétaient sans cesse la colonie. Cette première expédition date du 19 octobre 1773 ; elle s’étendit jusqu’au rivage du rio Negro, qui sépare la Guyane du Pérou, et se termina, en avril 1774, par l’éloignement des nègres marrons, par l’ouverture d’une route à travers d’épaisses forêts vierges, pour communiquer avec l’ancien pays des Incas, et par d’utiles observations en histoire naturelle. Une semblable expédition donnait bien des connaissances topographiques sur le point le plus large de la colonie, mais elle intéressait moins encore que l’établissement d’une route par eau pour se rendre de Cayenne à la montagne la Gabrielle, où l’excellence du terrain a rendu facile la culture des plantes à épices de l’Inde, de l’arbre à pain d’Otahiti, du café de l’Arabie, de la canne à sucre et de tous les végétaux du nouveau monde susceptibles d’agrandir les ressources et le commerce de l’ancien. Plusieurs tentatives avaient été faites, toujours en vain. La dernière même, dirigée par la Mancelière, avait détruit toute espérance. Sonnini en est instruit. Plus on lui montre les dangers, plus l’entreprise est difficile, et plus il éprouve le besoin de se frayer un chemin au sein même de ces immenses plaines basses et marécageuses, dans lesquelles on ne voit aucun arbre, où habitent le féroce caïman et des myriades de maringouins et de moustiques. Il sollicite l’honneur d’une découverte aussi importante, et s’embarque sur un frêle canot avec dix Indiens. On ne peut se faire une idée des peines qu’il éprouva pour obtenir le succès qu’il s’était promis, et qu’il avait annoncé aux autres, pendant les douze jours employés à naviguer dans les savanes, disons mieux, à glisser péniblement sur une surface solide en apparence, mais mouvante et cédant au moindre poids. Enfin il réussit et parvient sur cette montagne tant désirée : son équipage reçoit des secours. Il prend lui-même des rafraîchissements, dont le besoin est si pressant. Satisfait de son triomphe, il retourne avec joie dans son canot ; et, en moins de deux jours, par le chemin qu’il s’était frayé, il rentre à Cayenne. A son arrivée, administrateurs et colons l’accueillent avec empressement et donnent son nom au canal que l’on fait aussitôt creuser sur sa route. Envoyé en France pour y donner lui-même des détails sur son expédition, il est promu au grade de lieutenant ; et comme il avait rapporté une belle collection d’oiseaux rares pour le cabinet d’histoire naturelle, il reçut en même temps le brevet de correspondant de cet établissement et le titre de naturaliste voyageur du gouvernement. Il retourna, en 1775, à Cayenne, après avoir visité la côte occidentale de l’Afrique depuis le cap Blanc jusqu’au Portudal, où la France possède un comptoir ; il fit quelques observations dans l’île Gorée, dans les pays de Caïor, de Baol et des Yolofes, qui sont habités par de très-beaux nègres, ainsi que les îles du cap Vert, alors désolées par la famine, et la rade de la Praïa, où Suffren se couvrit de gloire. Sonnini reparut à Cayenne, à la grande satisfaction des habitants ; et pendant les deux années qu’il y passa comme ingénieur de la marine, il fut uniquement occupé de recherches d’histoire naturelle, qui sont toutes consignées dans le Journal de physique de l’abbé Rozier. La relation de ces voyages est demeurée inédite ; elle est souvent citée par Buffon, sous le nom du Journal d’un navigateur. Après avoir quitté Cayenne à cause d’une fièvre quarte opiniâtre qui consumait sa vie, Sonnini passa l’hiver de 1776 à 1777 à Montbard, où le grand naturaliste le chargea de tous les articles d’ornithologie étrangère. Il était occupé de ce travail quand le fameux baron de Tott fut nommé inspecteur des échelles du Levant et de la Barbarie. Sonnini témoigna le désir de monter le bâtiment destiné
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