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•,  Bernard Germain Étienne de la Ville sur Illon, comte de Lacépède (1756-1825)
•• Bernard Germain tienne de la Ville sur Illon, comte de Lacpde (1756-1825)
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Biographie universelle et ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs crimes. Nouvelle édition, Publiée sous la direction de M. Michaud ; Revue, corrigée et considérablement augmentée d’articles omis ou nouveaux ; ouvrage rédigé par une société de gens de lettres et de savants. Tome Vingt-deuxième.
LACÉPÈDE (BERNARD-GERMAIN-ÉTIENNE DE LA VILLE-SUR-ILLON, comte de) naquit à Agen le 26 décembre 1756. Son père, le comte de la Ville, lieutenant général de la sénéchaussée, lui donna le nom de Lacépède, qui était celui d’un grand-oncle maternel, lequel l’avait fait son héritier, et y avait mis pour condition que son nom ne mourût pas avec lui. Dans l’Éloge historique lu devant l’Institut, Cuvier reconnaît que cette famille était l’une des plus distinguées de la province ; puis il ajoute que Lacépède trouva dans ses papiers les traces d’une origine beaucoup plus illustre qu’on ne le pensait. Sa famille était une branche d’une maison connue en Lorraine dès le 11e siècle, et qui prenait son nom du bourg de Ville-sur-Illon, dans le diocèse de Verdun, maison qui fournit un régent à la Lorraine, et qui contracta des alliances avec les princes de Bourgogne, de Lorraine et de Bade. « Nous avons même vu, ajoute Cuvier, un arbre généalogique, dressé en Allemagne, où notre confrère prenait le titre de duc de Mont-Saint-Jean, et où il écartelait les armes de la ville de celles de Lorraine et de Bourgogne ancien1. » Son père, veuf de bonne heure, concentra sur lui toute son affection, et voulut partager avec un précepteur éclairé, le respectable chanoine Carrière, le soin de l’élever et de l’instruire. M. de Chabannes, évêque d’Agen, vint aussi le seconder merveilleusement dans le système d’éducation qu’il adopta pour ce fils chéri. Sachant combien les premières impressions laissent des traces profondes, tous deux veillaient avec une scrupuleuse attention sur la société et les lectures de leur jeune élève. Ainsi dit-il lui-même dans des mémoires manuscrits qu’il a laissés sur sa vie : « J’ignorai longtemps ce que c’est qu’un méchant homme et un mauvais livre. A treize ans je croyais encore que tous les poëtes ressemblaient à Corneille ou à Racine, tous les historiens à Bossuet, tous les moralistes à Fénelon. » Isolé dans le château de Lacépède, il ne connut pas les dissipations et les jeux de l’enfance. De là naquit en lui le besoin d’observer et de réfléchir. « L’habitude, dit-il encore dans ses mémoires, de penser longtemps me conduisit à celle d’examiner avec attention tous les objets dont je m’occupais. J’y acquis de la facilité, j’y trouvais du plaisir. » Buffon fut un des premiers écrivains que l’on mit entre ses mains, et dès lors l’histoire naturelle, à laquelle il dut plus tard sa célébrité, devint son étude favorite. Il lut et relut ce grand maître, qu’il se proposa pour modèle : il l’étudia sous les yeux de la nature. « J’allais souvent, dit-il encore, lorsque je voulais lire Buffon, m’asseoir à l’ombre de grands arbres, au sommet de rochers escarpés, du haut desquels je dominais sur cette vaste et admirable plaine de la Garonne…Ma vocation devenait plus forte au milieu de ces grandes images, et du haut de ces rochers il me semblait entendre la voix de la nature qui m’appelait à elle, me montrait les immenses monuments de sa puissance, et les magnifiques tableaux qui retracent de tant de manières tous les traits de son immortelle beauté. » Mais quelque ardeur qu’il sentît pour cette branche intéressante des connaissances humaines, une autre passion ne tarda pas à se développer en lui, celle de la musique. Son père, son précepteur, tous ses parents, musiciens enthousiastes, se réunissaient souvent pour exécuter des concerts. Il les écoutait avec beaucoup de plaisir, et bientôt la musique devint pour lui une seconde langue qu’il écrivit et qu’il parla avec une égale facilité. Un dominicain espagnol lui donna des leçons de piano et d’orgue. Ses progrès furent si rapides, qu’on le vit bientôt diriger les concerts à Agen, dans les représentations théâtrales ou dans les solennités de l’église. Il fit même exécuter plusieurs morceaux de sa composition qui obtinrent un véritable succès. A cette époque, et à peine âgé de quinze ans, il conçut le hardi projet de remettre en musique l’Armide de Quinault, projet auquel il se hâta de renoncer quand les journaux lui eurent appris que Glück l’avait devancé. Toutefois cette tentative ne fut pas sans résultat ; car, ayant envoyé son ébauche au célèbre musicien, il avait reçu des encouragements. Tous ces travaux ne suffisaient pas à l’activité de son esprit ; il s’adonna à la physique, fit construire des machines, et entreprit une série d’expériences sur l’électricité, expériences qui ne furent pas toujours sans danger. « Je fis faire, dit-il, un élec-

1 « Profitant des relations que j’avais en Allemagne, dit 
Lacépède dans ses Mémoires, je m’occupai de faire vérifier par la 
chancellerie aulique de Vienne les titres sur lesquels était fondée la 
généalogie de notre maison. Un conseiller du landgrave de Hesse-Hombourg fut 
chargé de présenter à la chancellerie ces différents titres que je lui fis 
parvenir. Ce conseiller m’écrivit qu’il fallait que je renonçasse, par un 
acte authentique à tous les droits que pouvait me donner l’honneur que 
j’avais d’appartenir à la maison de Lorraine, etc., etc., excepté aux 
honorifiques, aux armoiries, etc., etc. D’après le conseil de mon père, je 
fis ce qui m’était demandé, et bientôt après je reçus ma généalogie, 
ornée des armes blasonnées, et certifiée par le registrateur de la 
chancellerie aulique, comme conforme aux titres authentiques qu’il avait vus, 
etc. » 
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