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•,  Barthélémi Faujas de Saint-Fond (1741-1819)
•• Barthlmi Faujas de Saint-Fond (1741-1819)
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Biographie universelle et ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs crimes. Nouvelle édition, Publiée sous la direction de M. Michaud ; Revue, corrigée et considérablement augmentée d’articles omis ou nouveaux ; ouvrage rédigé par une société de gens de lettres et de savants. Tome Treizième.
FAUJAS DE SAINT-FOND (BARTHÉLÉMI), géologue français, naquit à Montélimart le 17 mai 1741, et fut placé à l’âge de douze ans au collège des jésuites de Lyon. Doué d’une impressionnabilité vive, il déploya dans cette première période de sa vie beaucoup de goût et de disposition pour la poésie. Le directeur de la maison en fut effrayé ; et un jour qu’il lui décernait le prix promis à la meilleure pièce de vers qu’inspirerait la catastrophe d’une vieille femme, tuée singulièrement à la porte du collège, il termina ses félicitations par ces mots : « Si vous voulez être heureux, ne faites pas de vers. » C’était aussi l’avis de ses parents, tous gens connus dans la robe ; il ne paraît pas qu’ils eurent à combattre une propension bien irrésistible. Faujas se rendit à Grenoble pour faire son droit et devenir avocat du parlement. Il ne lui resta de ce qu’on avait pris pour sa vocation poétique qu’un grand penchant pour la conversation des hommes lettrés, des savants, et le besoin de visiter souvent les sublimes beautés des Alpes. Mais fait remarquable et décèle un esprit bien différent de ce qu’on s’était imaginé, ce n’est pas le pittoresque qui le plus à son âme dans ces admirables spectacles, c’est la contexture extérieure, c’est la composition intérieure, la proportion et la succession intime des masses sur lesquelles erraient ses yeux et sous lesquelles il sentait vaguement qu’était caché un monde de mystères. La géologie alors n’était pas même un mot du dictionnaire des géologues, et tout au plus les Buffon, les Guettard, avaient osé lancer la périphrase : théorie de la terre. Faujas, on peut le croire, ne se doutait pas encore de l’immensité de la science sans nom à laquelle il préludait ses observations. D’ailleurs, ses études n’étaient encore pour lui que des épisodes. En 1765, après avoir porté plusieurs années le titre d’avocat, il devint président de la sénéchaussée. Mais, bien qu’au niveau de sa place et la remplissant avec honneur, il ne la conservait qu’à contre-cœur et pour ne pas se mettre en opposition formelle avec sa famille. On a dit que l’application de la peine capitale était surtout pénible à son cœur. Il faut ajouter probablement, qu’à mesure de ses progrès dans l’étude de la nature la lui montraient plus grande, plus simple et plus une, les mille subtilités de la chicane, les subterfuges de la procédure, les complications et les contradictions de la loi lui semblaient de plus en plus misérables. Toute occupation d’ailleurs devient odieuse lorsqu’elle est imposée ; puis presque toujours on hait le travail auquel on doit des résultats pécuniaires ; et l’on préfère, car on les regarde comme des délassements, ceux qui ne rapportent rien. Enfin le temps vint où Faujas ne fut plus lié par la piété familiale au joug qui lui pesait. Riche d’observations et versé dans la connaissance de la minéralogie, de la chimie, de la physique, il était entré depuis 1776 en correspondance avec Buffon, dont l’imagination brillante allant au-devant des faits, avaient osé créer les époques de la nature, et dont les hardies hypothèses avaient besoin de nombreuses observations pour perdre un peu de leur fantasticité. Celles que multipliait Faujas, bien qu’on en ignorât l’immense portée et les corollaires, étaient de nature à rendre moins invraisemblables les conjectures du grand homme. Il ne faut donc pas s’étonner de l’affection dont tout à coup il se prit pour son correspondant de Grenoble, et de l’accueil qu’il lui fit lorsque, vers 1777, il le vit à Paris. Sur-le-champ il se mit en mesure de l’y fixer ; et fort de sa haute position à la cour comme à la ville, il obtint de Louis XVI et pour M. de Faujas le titre d’adjoint-naturaliste au Muséum et des appointements de six mille francs. De nouvelles ordonnances, en 1783 et 1788, confirmèrent l’une et l’autre disposition. Plus tard, il joignit à cet emploi celui de commissaire du roi pour les mines, avec quatre mille francs d’émoluments. Ainsi placé au centre des métropoles scientifiques de l’univers, et dans un établissement modèle, Faujas ne cessa d’approfondir la géologie avec un zèle toujours croissant. Des voyages entrepris dans un but d’explorations et de recherches absorbaient la plus grande partie de son temps et aussi, il faut le dire pour ceux qui le trouveraient trop-richement rétribué, la plus grande de ses traitements. Outre le Dauphiné sa patrie, beaucoup de lieux de l’Ile de France, la Bourgogne, le Bourdonnais, le Vivarais, la Provence, le Languedoc, les Alpes furent parcourus par l’infatigable voyageur. Ses explorations ne se bornèrent pas à la France : au nord, il courut voir l’Angleterre, l’Écosse, les Hébrides, et fit connaître à l’Europe la basaltique Staffa ; au sud et à l’est, il étudia sur place d’abord toute l’Italie supérieure, le Piémont, le Milanais, le Mantouan, Venise, puis la montagneuse et originale Carinthie, la Bohême si richement accidentée et si féconde en mines. La Hollande, les Pays-Bas et l’Allemagne furent pareillement des lieux des ses excursions. Partout sentant que l’histoire du globe ne pouvait se faire que pièces en main, et après avoir reconnu, au milieu de l’état actuel après avoir reconnu, au milieu de l’état actuel des choses, l’état ancien et toutes les phases au travers desquelles on a passé du primitif à l’actuel, il s’efforça de retrouver les débris du monde ancien et il en retrouva un grand nombre que le premier il fit connaître ; de deviner par la nature des rochers, par la configuration des masses qui forment la croûte extérieure de la terre, les révolutions qui ont sillonné sa surface, et ses con-
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