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« En direct de Cayenne » : Jacques-François Artur, médecin & correspondant scientifique au XVIIIesiècle
Céline Ronsseray
La colonie de Guyane apparaît à la fin de l’époque moderne comme l’enjeu des gouvernants comme des scientifiques. A l’occasion de la nomination de Jacques-François Artur (1708-1779) comme premier médecin du roi à Cayenne en 1736, Du Fay - alors Intendant du Jardin du Roi – le charge de l’étude des thermomètres que lui remet Réaumur et lui demande des courriers circonstanciés de leurs réactions lors de la traversée. Débute pour ce jeune médecin d’origine normande un séjour de près de trente cinq ans dans cette colonie d’Amérique et une longue collaboration avec le Jardin du Roi. Artur et Du Fay ont fait leur entrée au Jardin du Roy au même moment : l’un comme élève et l’autre comme intendant. Leurs échanges épistolaires concernent principalement l’envoi de curiosités et autres épices locales. Cette correspondance prend fin avec le décès de Du Fay dont la nouvelle est relayée par Réaumur à Artur. C’est à ce moment que Buffon entre en contact avec le médecin de Cayenne. Il existe notamment trois lettres envoyées à Artur entre 1742 et 1752 dont les demandes sont similaires à celles de Du Fay : Artur est chargé de faire parvenir au Jardin du Roi des collections de curiosités guyanaises. Le scientifique le prie d’y mettre autant de zèle que possible pour justifier ses requêtes de gratifications. Au fil des lettres, Buffon guide Artur dans ses investigations le long du littoral guyanais. Le jeune médecin lui sert en quelque sorte d’« expert » sur place. L’Intendant vérifie auprès de lui les rapports de La Condamine qui revient de son périple en Amérique du Sud. De la recherche de « coquilles pétrifiées » au lac de Parimé, Buffon interroge Artur et le presse de vérifier ces informations auprès de son réseau ou par lui-même. Cet échange témoigne des croyances encore fortement attachées au territoire guyanais à l’exemple du mythe de l’El Dorado. La fascination à l’égard de la cité légendaire de Manao n’épargne pas Buffon. Jacques-François Artur nourrit d’étroites collaborations avec d’autres scientifiques du Jardin du Roi. Sa nomination en tant que correspondant de Réaumur en 1753 se fait près de vingt ans après leur première mise en relation par le biais de Du Fay. Celle-ci dure près de quatorze ans entre 1741 et 1755. Le médecin se trouve, dans le même temps, partagé par le différend qui oppose Réaumur à Buffon : Réaumur insiste et obtient d’Artur que les caisses de curiosités lui soient adressées directement, et non au Jardin du Roi, par crainte de voir Buffon se les approprier. Dix neuf caisses ont été ainsi envoyées par Artur depuis Cayenne, principalement à Réaumur et Bernard de Jussieu mais aussi à l’intention de Du Fay puis Buffon. En échange, l’entomologiste lui fait parvenir les textes qu’il juge intéressants. La relation d’Artur avec les frères Jussieu est également indépendante à sa nomination comme correspondant. D’après Jean Chaïa, la famille Jussieu est connue de Jacques Artur, le père de Jacques-François. Loin de ses attaches caennaises, les frères Jussieu représentent une seconde famille pour celui-ci lors de son séjour parisien au Jardin du roi. Le frère aîné, Bernard, entretient une relation épistolaire de vingt-neuf ans entre 1736 et 1764. A la fois relation de travail et d’amitié, leurs échanges évoquent les recherches sur le terrain, les curiosités mais aussi les nombreux questionnements d’Artur, esseulé à Cayenne. Jussieu suit pour lui son fils envoyé à Paris et l’informe de ses résultats scolaires. Par le biais des Jussieu, Artur fait la connaissance de La Condamine à la suite de l’expédition de celui-ci en Amérique du Sud et d’une étape à Cayenne en 1744. Leur correspondance tient plus de l’échange amical que de la discussion scientifique. S’intégrant peu à peu à la population locale, Artur se marie en 1746 avec une jeune créole. Procureur général, il devient en 1765 doyen du Conseil Supérieur de Cayenne. Médecin, correspondant de l’Académie des Sciences et de la Société Royale de Londres, Jacques-François Artur est au fait de tout ce qui se passe dans la colonie guyanaise provoquant l’inimitié de certains administrateurs. Mis à la retraite en 1768, il quitte la Guyane, où il a passé trente-cinq ans, pour la métropole en juin 1771. Il se retire dans son pays natal, à Caen, avec sa femme, où il décède en 1779. Attiré par les sciences, Jacques-François Artur s’est intéressé à la botanique, aux maladies endémiques tropicales et l’histoire de la Guyane. Au cours de ce long séjour dans la colonie, le médecin a accumulé un grand nombre de documents et de travaux dans le but d’écrire une histoire de la Guyane. Il rédige celle-ci à la fin de sa vie, sur les encouragements de son ami naturaliste La Condamine. Tout ceci représente, avec sa correspondance personnelle et officielle, un ensemble important sur un siècle d’histoire de la colonie guyanaise. Longtemps inexploitée, la production de Jacques-François Artur a été l’objet de travaux récents et de publications, mettant à la portée d’un plus large public ce témoignage de premier ordre.
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