Buffon et l'histoire naturelle : l'édition en ligne 

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Autour d'Ampère, photo : stéphane pouyllau, CNRS

Correspondance de Buffon, édition électronique, Lettre L231

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BUFFON à MADAME DAUBENTON  - Date : 10 janvier 1776  - Lieu : Montbard

	
		
LETTRE CCXXVII A MADAME DAUBENTON.
Montbard, le 10 janvier 1776. Je reçois votre lettre, madame et très chère amie, et je suis enchanté que vous soyez contente de Mme Necker, et je vous conseille de la voir souvent, et de rester à Paris longtemps2, quelque plaisir que j’eusse à vous revoir ici. Les bustes sont arrivés en très bon état par vos soins3, et je vous en fais bien des remerciements. Ils sont tous deux dans mon salon ; vous en choisirez un à votre retour. Vous ne le verrez jamais d’aussi près que je désire de vous voir. La charmante Betzy1 se porte bien, et nous ferons quelque jour faire son joli buste2. Puisque vous voulez bien vous charger du soin de la voiture3 que j’ai achetée, je vous prie de la faire venir sous la remise de la maison, et de faire effacer les armes de M. de Carnégie4 ; mais il est inutile d’y mettre les miennes5 : il suffira de peindre le tout de la même couleur du fond. M. de Mussy1 est venu dîner avec moi avant-hier, et m’a dit que M. son frère2 se portait beaucoup mieux ; que néanmoins il avait encore quelques étourdissements, mais qu’il n’en paraissait plus inquiet. La grippe3 et d’autres maladies, qui ne laissent pas d’enlever beaucoup de monde, n’empêchent pas qu’à Semur il n’y ait régulièrement des concerts et des bals1. Comme cela durera jusqu’au carême, vous aurez encore le temps d’assister à quelqu’un, et vous apprendrez, peut-être avec quelque surprise, que la conduite de Mme de Florian5 est tout à fait exemplaire. M. le maire de Montbard6 se porte très bien. Votre Jeanneton est toujours aussi gaie. Je vais tous les jours à mes forges, et je ne m’en trouve pas mal. Mes compliments à M. votre mari, et mille tendres vœux pour vous, ma charmante et très chère amie. BUFFON. (Collection Nadault de Buffon.)

Notes de l'édition originale :
2 Dans ses séjours à Paris, Mme Daubenton descendait chez Louis-Jean-Marie 
Daubenton, son oncle, au Jardin du Roi qui devait lui donner asile avec sa fille après la 
ruine et la mort de son mari. 
3 Moulages du buste de Buffon par Pajou, buste achevé en 1776, la même année que 
sa statue en pied et dont l’original, qui se trouve au musée du Louvre, sculpture moderne, 
en face du gracieux buste de la comtesse du Barry par le même sculpteur, a inspiré à Saurin 
ce quatrain : 
		Heureux confident d’Uranie,
Il sut à la nature arracher son bandeau.
		Sur son front brille le génie.
Dans ses mains Michel-Ange a remis son pinceau.
1 Élisabeth-Georgette, dite Betzy Daubenton, née à Montbard le 28 mars 1775, 
morte le 17 mai 1852, filleule de Buffon, déjà parrain de son père. 
Un jugement ayant prononcé, le 28 juillet 1791, la séparation de corps et de biens du fils 
de Buffon et de sa première femme, il divorça le 14 janvier 1793 et épousa, le 2 septembre, 
Betzy Daubenton ; elle avait 18 ans et était d’une remarquable beauté. Le fils de Buffon 
l’aimait et tout semblait lui promettre le bonheur en compensation des amertumes de son 
premier mariage. Il écrivait le 3 septembre au P. Ignace à Buffon : « De jeudi dernier, me 
voilà marié, tranquille, content et heureux. Betzy l’est aussi et c’est là mon grand 
bonheur : A dix heures, nous avons été à la municipalité avec M. Daubenton, M. de 
Montbeillard (fils du collaborateur de Buffon), M. Hérault de Séchelles et M. de Morveau ; 
ils ont été nos quatre témoins, et, de là, nous sommes venus à la paroisse du Roule, sur 
laquelle nous demeurons ; le curé, honnête et brave homme, nous a mariés. » 
Il est piquant de rapprocher cette lettre du fils de Buffon de celle qu’il écrivait en 
janvier 1784, au lendemain de son mariage avec sa première femme, Marguerite de Cepoy, elle 
aussi toute jeune — elle avait seize ans à peine, — et était une des plus jolies femmes 
de son temps. (Voir la note de la lettre du 14 juin 1784). C’est le même lyrisme, la même 
exaltation de passion, la même exubérance de bonheur. Le fils de Buffon était un 
enthousiaste au cœur chaud et à l’âme ardente, ce qui peut expliquer certaines 
inconséquences de conduite, qui lui ont été sévèrement reprochées, et son entraînement 
pour les idées de la Révolution. 
Le bonheur qu’il avait rêvé dans ces deux unions a eu chaque fois un dénouement fatal. La 
première fois, l’adultère ; la seconde fois, l’échafaud. 
Lors de l’arrestation de son mari quelques semaines après son mariage, Betzy Daubenton 
avait vainement cherché, en s’exposant elle-même, à sauver celui qu’elle aimait. 
Arrêtée dans l’affaire dite des réfugiés de Neuilly, elle ne recouvra la liberté 
qu’après le 9 thermidor ; reçut avec sa mère au Jardin des Plantes l’hospitalité de son 
oncle Louis-Jean-Marie Daubenton, et fut élevée avec les filles de sir Francis Burdet Coutts. 
Elle marqua par sa beauté et son esprit sous le Consulat, l’Empire et la Restauration, et 
passa ses derniers jours à Montbard en faisant le bien. Elle ne voulut jamais se remarier, 
afin de conserver le grand nom de Buffon, et mourut à son château de Montbard à 78 ans, en 
laissant les restes de sa fortune aux arriêre-petits-neveux de son mari héritiers de son nom. 
2 Ce buste paraît avoir été exécuté, et sa présence nous était signalée, en 
1857, par M. Paul Andral, ex-vice-président du Conseil d’État, chez un marchand de la rue 
Bonaparte, sans que nous ayons pu nous le procurer. 
3 Buffon souffrait de la maladie de la pierre qui devait, à l’exemple de La 
Condamine et de d’Alembert, soumettre les quinze dernières années de sa vie à de cruelles 
épreuves, supportées avec une rare énergie, maladie dont il est mort. Comme la voiture le 
fatiguait beaucoup dans ses voyages périodiques de Montbard à Paris, il cherchait à se 
procurer une voiture suspendue de manière à lui éviter les cahots. Nous verrons ses amis 
s’efforcer de seconder son désir ; Mme Charault, sa parente, lui en enverra une, le duc 
d’Orléans une litière, et enfin Mme Necker, et ce sera dans cette voiture d’un mécanisme 
ingénieux, combiné par la prévoyante amitié d’une femme, que Buffon fera son dernier 
voyage de Montbard à Paris. 
4 M. de Carnégie, ou plutôt le chevalier Carneghi, littérateur et philosophe, en 
ce moment à Semur, chez Guéneau de Montbeillard. 
5 Les armes de Buffon étaient : écartelé aux I et IV d’argent, à la bande de 
gueules chargée de trois étoiles d’argent, qui est de Leclerc — aux II et III d’azur à 
cinq billettes d’argent, posées en sautoir, qui est de Marlin, famille maternelle de Buffon. 
Cette recommandation de ne pas peindre ses armes sur sa voiture est bonne à noter de la part 
d’un homme que d’Alembert, Marmontel et les encyclopédistes ont représenté, jusqu’à 
la publication de sa correspondance familière, comme vaniteux à l’excès. Nous ajouterons 
qu’on ne trouve nulle part les armes de Buffon peintes ou sculptées au château de Montbard, 
ni dans son cabinet de travail isolé de son habitation, ni dans sa chapelle, ses forges, sa 
maison seigneuriale de Buffon et autres édifices élevés ou restaurés par lui. 
1 François Guéneau de Mussy, frère de Guéneau de Montbeillard, fondateur à 
Semur d’un musée qui appartient aujourd’hui à la ville, père de François Guéneau de 
Mussy, à cette date juge châtelain du comté de Buffon. Élu aux états généraux, il fut le 
dernier maire de Montbard avant la Révolution, de 1785 à 1788, et eut pour successeur le fils 
de Buffon, de 1789 à 1793. Il est le père de Philibert Guéneau de Mussy, né en 1776, mort 
en 1834, fondateur de l’Université et de l’École normale avec Fontanes, Ampère et 
Royer-Collard, et le grand-père des deux médecins connus de ce nom, membres de l’Académie 
de médecine. 
2 Guéneau de Montbeillard.
3 On lit dans les gazettes du temps : « Un rhume épidémique, qui a commencé à 
Londres et y cause actuellement de l’inquiétude, au point qu’on voit arriver beaucoup 
d’Anglais pour se soustraire à ce fléau, a sauté dans nos provinces méridionales, 
accablé presque tous les habitants de Toulon et de Marseille, et s’est étendu à Paris, où 
il règne actuellement d’une façon assez bénigne, sauf aux Invalides, où il devient 
catarrheux et fait périr 10 ou 12 de ces pauvres vieillards par jour. On l’a d’abord 
nommé la grippe, de l’ancien nom d’une pareille épidémie, il y a huit ans. On l’a 
ensuite nommé la puce et aujourd’hui la folette. » 
4 Guéneau de Montbeillard, oncle de Mme Daubenton, poète et musicien, a été 
pendant vingt ans l’organisateur des concerts et des fêtes de Semur ; nous avons déjà 
signalé la société d’élite réunie à cette date dans cette petite ville, à trois lieues 
de Montbard. La province n’avait pas encore perdu son caractère d’individualité et Paris 
n’attirait pas à lui toutes les supériorités de la fortune et de l’intelligence. 
La Bourgogne, qui a fourni tant de grands hommes à notre pays, a mérité d’être citée au 
XVIIIe siècle comme un foyer intellectuel où brillaient au premier rang Dijon, Semur et 
Montbard avec Buffon, Daubenton, Guéneau de Montbeillard, Jean Nadault, etc. 
5 La marquise de Florian, sœur de Mme Denis, nièce de Voltaire, mariée à 
l’oncle du fabuliste, négociatrice du rapprochement entre Voltaire et Buffon. 
6 Pierre Daubenton, beau-père de la destinataire de la lettre.


LETTRE CCXXVII

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