Buffon et l'histoire naturelle : l'édition en ligne 

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Autour d'Ampère, photo : stéphane pouyllau, CNRS

Correspondance de Buffon, édition électronique, Lettre L232

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BUFFON à MADAME DAUBENTON  - Date : 16 janvier 1776  - Lieu : Montbard

	
		
LETTRE CCXXVIII A LA MÊME.
Montbard, le 16 janvier 1776. Ma lettre a croisé la vôtre, madame et très chère amie, et vous devez l’avoir reçue ces jours derniers. Je vous marquais de faire effacer les armes sur la voiture, et de vous en servir ensuite pour revenir le plus tôt que vous pourriez. Mais maintenant je n’ai garde de vous presser ; il fait trop mauvais temps ; nous avons un demi-pied de neige, et je vous conseille d’attendre le dégel. M. le maire1 a grande envie d’aller à Dijon, mais je tâcherai de l’en détourner. Il se porte très bien, et peut-être tomberait-il malade s’il s’exposait par ce mauvais temps. J’ai auprès de moi le chevalier de Saint-Belin2, qui, pour être venu d’Étay à Montbard, a été saisi de la grippe le même jour. Pour moi, je suis assez bien, et, quoique j’aille tous les jours à mes forges, je ne me suis point encore enrhumé. Je n’ai point de nouvelles de votre cher oncle3, ni même aucune autre de Semur depuis que j’ai vu M. de Mussy. Je suis fort aise que M. votre mari4 ait vu M. de Malesherbes et qu’il ait été à Versailles, et il vaudrait mieux rester quelque temps de plus pour rapporter les arbres qui lui conviennent5, et tirer son argent de M. de Marigny6. Vous voyez bien que je parle aussi d’argent, quoique je dusse vous parler d’autre chose. Mais vous connaissez bien toute l’étendue des sentiments d’attachement et de respect que je vous ai voués. BUFFON. (Collection Nadault de Buffon.)

Notes de l'édition originale :
1 Pierre Daubenton, qui mourut en fonctions le 14 septembre de cette même année et 
eut pour successeur dans la mairie de Montbard son fils, Georges-Louis Daubenton, filleul de 
Buffon. 
2 Antoine-Ignace, chevalier, puis marquis de Saint-Belin, capitaine au régiment de 
Navarre. « Pendant la guerre de Sept ans, rapporte Humbert Bazile, il fut sommé par un ennemi 
supérieur en nombre de rendre une place avec menace pour la garnison d’être passée par les 
armes. Il répondit à coups de canon et força l’ennemi à la retraite par des sorties 
audacieuses. Cette belle action lui valut la croix de Saint-Louis. » Son fils, 
Georges-Louis-Nicolas, vicomte de Saint-Belin, capitaine de dragons en 1787, maréchal de camp 
en 1788, fut un des nombreux filleuls de Buffon. 
3 Guéneau de Montbeillard.
4 Georges-Louis Daubenton.
5 Pour la pépinière que son père avait fondée à Montbard et qu’il dirigeait.
6 Le prix d’arbres achetés pour les jardins et potagers de Versailles par le 
marquis de Marigny, qui a dirigé pendant trente ans les Beaux-Arts en qualité d’ordonnateur 
général des bâtiments et jardins du Roi. 
Abel-François Poisson de Marigny, précédemment marquis de Vandières et ensuite de Menars, 
frère de la marquise de Pompadour, né en 1727, mort le 10 mai 1781, avait été nommé en 
1750, à 24 ans, par le crédit de sa sœur, survivancier de l’ordonnateur général des 
bâtiments du Roi de Tournehem, et avait entrepris, la même année, aux frais du Trésor, un 
dispendieux voyage d’étude en Italie, avec Soufflot, Cochin et l’abbé Leblanc, qui venait 
d’être nommé, à la demande de Buffon et par la protection de la marquise de Pompadour, 
historiographe des bâtiments du Roi. Buffon lui écrivait le 21 mars 1750 : « Vous voyagez 
avec un homme que vous aimez ; » et, le 24 avril de l’année suivante, il écrivait encore : 
« A Florence, à M. l’abbé Leblanc, historiographe des bâtiments de S.M. Très 
Chrétienne, en compagnie de M. de Vandières, directeur général des bâtiments. » (Voir p. 
66 et 78.) A son retour d’Italie, le frère de la favorite avait changé contre le nom de 
Marigny celui de Vandières, qui lui avait valu à Versailles le surnom de marquis 
d’Avant-hier, et, lorsqu’il fut nommé cordon bleu en 1755, on protesta que c’était un 
bien petit poisson pour être passé au bleu. A la mort de la marquise, il hérita de la terre 
de Menars, près de Blois, dont il prit le nom. Son cabinet renfermait un grand nombre 
d’objets d’art et de morceaux précieux. Buffon dit, en le citant dans l’Histoire 
naturelle, « que son goût s’étend également aux objets des beaux-arts et à ceux de la 
belle nature. » 


LETTRE CCXXVIII

Directeurs de publication : Pietro Corsi et Thierry Hoquet, hébergement : Centre de Calcul de l'IN2P3-CNRS.