Histoire Naturelle by Buffon : the web edition 

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Autour d'Ampère, photo : stéphane pouyllau, CNRS

Correspondance de Buffon, édition électronique, Lettre L516

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LE Cte DE BUFFON à ANDRÉ THOUIN  - Date : 2 juillet 1783  - Lieu : Montbard

	
		
LETTRE DXX A ANDRÉ THOUIN.
Montbard, le 2 juillet 1783. Vous trouverez ci-joint, mon cher monsieur Thouin, les deux certificats pour toucher vos appointements et les 1,000 livres pour la culture. Mais, comme je vous l’ai dit, il faut que vous preniez 300 livres de plus pour les six mois de vos appointements, que mon intention est de porter à 3,600 livres par an1 à commencer du 1er janvier 1783. Ce qui vous restera servira pour les payements de la prochaine quinzaine, et, comme cela ne sera pas à beaucoup près suffisant, je manderai à M. Lucas de vous donner le surplus2. Je vous renvoie aussi le reçu que vous m’aviez laissé dans le temps de mon départ et les observations de MM. de Saint-Victor3, auxquelles je ne puis ni ne dois rien répondre, parce qu’il me paraît qu’il y a des faits dont je ne suis point informé et qui me semblent suspects. Vous me ferez grand plaisir de me donner franchement votre avis ; vous pourrez dire en attendant à M. Mulot1 que je ne puis lui répondre que quand j’aurai vu ce dont il est question, et que j’y donnerai mon attention dès que je serai de retour à Paris. Je vous remercie des soins que vous avez pris de chercher les plantes du Pérou que désirait M. Banks2 ; je lui ai marqué qu’à mon retour à Paris nous chercherions dans nos herbiers celles dont nous ne lui avons pas envoyé les échantillons. Je suis bien aise que les passeurs d’eau puissent obtenir la permission d’établir un bac vis-à-vis le Jardin3 ; mais il est à craindre que le bac de M. de Bercy4 ne nuise à leur demande. Vous pourriez en parler vous-même à M. Lenoir comme de ma part5, et je suis persuadé qu’il vous écoutera favorablement. Je vois par la situation de nos travaux que l’emplacement de nos plantes aquatiques ne sera pas encore disposé de sitôt6 ; aussi je ne commanderai point encore la fabrication des tôles pour soutenir les plates-bandes, d’autant que le sieur Mille vient de me faire une demande considérable de fer carré de 14 lignes, tant pour la grille entre les deux guérites1 que pour les arcs-boutants de la grille qui regarde l’hôtel de Vauvrai. Je vais écrire à M. Verniquet au sujet de cette fourniture de gros fer, dont je viens d’ordonner la fabrication. Ma santé se rétablit peu à peu, et mes forces reviendraient plus vite si l’air était plus pur2 et la chaleur moins étouffante ; mais depuis plus de douze jours nous avons un brouillard continuel, et ce brouillard me paraît général, car on m’écrit la même chose de tous côtés. Recevez les assurances du sincère attachement que vous me connaissez et que vous méritez à bien des titres, mon cher monsieur Thouin. LE Cte DE BUFFON. (Bibliothèque du Museum.)

Notes de l'édition originale :
1 C’était une surprise que Buffon aimait à faire à ses collaborateurs, à ses aides, 
aux employés et aux professeurs du Jardin du Roi. On l’a vu user du même procédé avec l’abbé 
Bexon. La générosité était une des qualités saillantes de sa noble nature. (Voir t. Ier, p. 
207, note 3.) 
2 Tandis qu’André Thouin était chargé des comptes de l’administration et des 
travaux du Jardin du Roi, Lucas tenait le compte particulier de Buffon, et nous savons déjà que 
c’était Buffon qui avançait sur sa fortune personnelle toutes les dépenses du Jardin : culture, 
entretien, travaux, enseignement, appointements et gages des professeurs, fonctionnaires et 
employés, sauf à se faire rembourser par l’État. Sa correspondance avec Thouin, qui va suivre, 
nous apprendra qu’en 1787, six mois avant sa mort, ses avances atteignaient au chiffre de 
315,959 livres 27 sols 15 deniers*. 
Lorsque Buffon manquait d’argent, il empruntait ; car aucun sacrifice ne lui coûtait pour le 
développement et la prospérité du grand établissement qu’il dirigeait, et pour attacher à son 
enseignement d’illustres professeurs. Six mois avant cette lettre, le 19 décembre 1782, il 
écrivait à Thouin : « J’ai reçu votre lettre du 15 de ce mois, avec le mémoire de la dépense de 
la quinzaine échue le même jour ; je vois par votre exposé qu’il n’est guère possible de la 
réduire autant que je l’aurais désiré, et qu’il aurait fallu supprimer en effet tous les 
ouvriers, si j’eusse voulu me trouver à mon aise et me libérer promptement des emprunts que 
j’ai été obligé de faire, mais j’aime mieux en retarder le payement et continuer nos travaux… » 
* Voir aussi lettre du 23 septembre 1783.
3 Il s’agissait sans doute d’une réclamation relative au procédé énergique auquel 
Buffon avait dû avoir recours pour contraindre les moines de Saint-Victor à lui livrer les 
bâtiments de l’abbaye. Au surplus, si Buffon avait su mettre dans ses intérêts l’abbé Delaulne, 
il avait eu contre lui la communauté tout entière pour qui le déplacement d’un bien de 
mainmorte constituait une innovation dangereuse et un attentat aux privilèges de l’Église ; 
notre législation n’avait pas encore admis le principe de l’expropriation pour cause d’utilité 
publique. 
1 François-Valentin, abbé Mulot, écrivain et commentateur, né en 1749, mort 
subitement aux Tuileries le 9 juin 1804, docteur en théologie, bibliothécaire, professeur de 
théologie, procureur général et prieur de Saint-Victor en 1789, compromis un instant dans 
l’affaire du Collier, membre de la Commune de Paris en 1789, de l’Assemblée législative, de la 
Constituante et de la Convention, mèlé aux troubles d’Avignon, commissaire du Directoire à 
Mayence, où il fit un cours de littérature. Il appartenait à la secte des théophilanthropes. 
2 Baronnet Joseph Banks, naturaliste et voyageur, élève de Buffon, précédemment 
nommé, p. 83, note 4. 
3 Ce bac fut établi à la place qu’occupe aujourd’hui le pont d’Austerlitz. La 
corporation des passeurs d’eau, nombreuse et puissante à Paris, exploitait un grand nombre de 
bacs pour traverser d’une rive à l’autre. Les seuls ponts alors existants étaient, après ceux 
de la Cité, le Pont-Neuf et le Pont-Royal à peine achevé et qui avait pris la place du bac des 
Tuileries dont la rue du Bac a conservé le nom. 
4 Aimar-Charles-François de Nicolaï, marquis de Bercy, né le 23 avril 1737, colonel 
de 1776 à 1788, premier président du grand Conseil, mort sur l’échafaud le 28 avril 1794 (9 
floréal an II). Son frère, le président de Nicolaï, premier président de la cour des comptes, 
de l’Académie française en 1789, à la place du marquis de Chastellux, est mort comme lui sur 
l’échafaud. 
Le bac occupait l’emplacement du pont actuel. Le château de Bercy, propriété de la branche 
aînée des marquis de Nicolaï, qui en portait le nom, a été démoli pour faire place à l’Entrepôt 
des vins. 
5 Jean-Charles-Pierre Lenoir, lieutenant général de police, déjà nommé. (T. II, p. 
20.) 
6 Le président de Brosses écrivait de Padoue en 1739 : « Il y a dans le grand 
jardin des pièces d’eau pour les plantes aquatiques, ce qui manque à celui de Paris. Quant aux 
serres, c’est fort peu de chose, surtout pour ceux qui ont vu celles de Paris. » Buffon avait 
fait creuser pour les plantes aquatiques un bassin que devait alimenter la Seine ; mais il ne 
tarda pas à être abandonné et son emplacement ne forme plus maintenant qu’un bassin de verdure. 
Aujourd’hui, les plantes aquatiques placées en tête de l’école de botanique commencent la riche 
collection du Muséum. 
1 La grille monumentale entre les deux guérites ou pavillons formant la principale 
entréc du Jardin sur le quai est encore telle qu’au temps de Buffon. Les deux belles allées de 
tilleuls, plantées par lui en 1740, encadraient noblement les anciens bâtiments remplacés par 
une construction récente. Entre les deux avenues se groupaient harmonieusement les collections 
des plantes élégamment distribuées en massifs, corbeilles et plates-bandes. 
2 Cependant Buffon était sur sa chère montagne de Montbard où, suivant 
l’observation de Mme Necker, l’air est plus pur et où il respirait plus à l’aise, et qui lui 
faisait écrire le 5 janvier 1779 à Guéneau de Montbeillard : « Dès que l’air s’adoucira, j’îrai 
le respirer sur la montagne de Montbard. » 


LETTRE DXX

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