BUFFON à
L’ABBÉ BEXON
- Date :
30 juillet 1782
LETTRE CCCCLXXXIX
AU MÊME.
Ce 30 juillet 1782.
Je ne sais, mon très cher abbé, comment va cette malheureuse imprimerie, et je ne conçois pas
pourquoi il y a plus de cinq semaines que je n’ai reçu une seule épreuve du volume des oiseaux
et que depuis douze jours j’attends inutilement la suite des épreuves du volume des minéraux.
Il me semble que la visite que vous avez faite à cette lente machine ne l’a pas rendue plus
active : c’est peut-être, à l’égard des oiseaux, parce qu’ils n’ont pas devant eux beaucoup de
copie. Je viens de corriger les deux derniers cahiers qui me restaient et je vous les envoie
ci-joints en attendant que vous m’envoyiez vous-même les articles qui doivent enfin terminer
cette longue histoire des oiseaux, qui, du train dont on va, ne pourrait pas être imprimée pour
cet hiver.
Cependant cela est important et il est très nécessaire aussi de presser l’impression des
minéraux ; l’article des sels, réduit autant qu’il m’a été possible, sera néanmoins de deux
cents pages in-4º. Il faut donc nécessairement faire notre premier volume un peu plus gros et
je reviens à mon premier avis : il faut imprimer l’article de la pyrite martiale que je vous ai
envoyé et terminer ce volume par l’article des matières volcaniques qui aurait commencé le
second ; mais je vois qu’alors trois volumes n’auraient pas suffi pour contenir tous les
minéraux ; ainsi vous voudrez bien, mon cher monsieur, suivre cet arrangement, et, pour faire
un peu plus de place dans ce troisième volume, nous ajouterons la table des matières au
premier, qui dès lors sera un peu trop gros ; mais je ne vois pas qu’il soit possible de faire
autrement.
Mon fils est arrivé à Pétersbourg en bonne santé et a été parfaitement bien accueilli par
l’Impératrice, qui l’a fait dîner avec elle et l’a entretenu très longtemps1. Il me
marque qu’il serait bien satisfait si, le 30 de juin, il n’y faisait pas plus froid qu’au 30
janvier à Paris ; il est obligé de porter avec son habit de drap un manteau, et dit que l’on
est bien persuadé de mon système et que les glaces chasseront quelque jour les habitants de
Pétersbourg.
J’attendais ces jours-ci de vos nouvelles et vous savez, mon cher monsieur, que c’est
toujours avec un grand plaisir que j’en reçois.
BUFFON.
(Inédite. — Communiquée par Mlle Lefebvre.)
Notes de l'édition originale :
1 Nous renvoyons de nouveau aux notes de la lettre de Buffon du 23 avril 1782 à
l’impératrice de Russie pour tous les détails du voyage de son fils.
LETTRE CCCCLXXXIX