Histoire Naturelle by Buffon : the web edition 

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Autour d'Ampère, photo : stéphane pouyllau, CNRS

Correspondance de Buffon, édition électronique, Lettre L482

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BUFFON à MADAME NECKER  - Date : 16 juillet 1782  - Lieu : Montbard

	
		
LETTRE CCCCLXXXVI A MADAME NECKER.
A Montbard, ce 16 juillet 1782. Je n’écris jamais de sang-froid dès qu’une fois mon cœur a prononcé le nom de ma grande amie ; mais aujourd’hui c’est une émotion, un transport, par l’espérance qu’elle me donne d’une faveur prochaine qui mettrait le comble à mon bonheur. « J’irai en pèlerinage à cette tour1. » Mais quand, mon adorable amie ? Bientôt sans doute. Fixez, de grâce, mon âme incertaine qui vole au-devant de votre volonté. Je voudrais, par ma prière ardente, vous dédommager un peu de ma froide gazette de lundi dernier. Je vous supplie donc à genoux, ma divine amie, de venir en effet illuminer de vos rayons célestes de gloire et de vertu cette voûte antique où je réside et rêve huit heures chaque jour1. Elle n’a rien de recommandable que sa situation et la pureté de l’air1 ; mais elle deviendra le plus noble des temples, si vous daignez vous y arrêter. Vous rirez sans doute, en y entrant, de ma pauvre simplicité. Il n’y a que les quatre murs1 ; mais, à cinq cents pas de distance, j’ai une maison où notre grand homme aura un appartement commode, et un autre pour ma noble amie, sa très chère fille et Mlle Geoffroy2. Il y a aussi de quoi loger vos gens. J’y suis seul et libre, je vous ferai hommage de ma liberté ; vous serez la maîtresse, et j’aurai le bonheur de l’esclave romain, car je sentirai tout ce que vous direz. La poste peut vous amener, en prenant à Joigny la route de Tonnerre ; il ne faut que deux jours, ou plutôt deux nuits, si la chaleur est trop grande. Que ne puis-je, comme vous le dites, faire des talismans ! je vous éviterais au moins la fatigue du voyage3 ; je cherche aussi ce qui pourrait le déterminer. Vous irez peut-être de Montbard à votre terre en Suisse4 ? Voilà Genève en paix ou en servitude5, ce qui est égal pour ses grands voisins. Enfin je suis à vos pieds et à ceux de M. Necker en vous suppliant tous deux d’exaucer ma prière. Connaissez-vous, ma trop indulgente amie, une assez bonne et plaisante critique du Poème des Jardins, par le comte de Barruel ? Je n’y trouve qu’une méprise, c’est qu’il met Saint-Lambert6 fort au-dessus de l’abbé Delille1 et de Roucher2, tandis que tous trois me paraissent être de niveau. Je ne suis pas poète ni n’ai voulu l’être, mais j’aime la belle poésie ; j’habite la campagne, j’ai des jardins, je connais les saisons, et j’ai vécu bien des mois ; j’ai donc voulu lire quelques chants de ces poèmes si vantés des Saisons, des Mois et des Jardins. Eh bien, ma discrète amie, ils m’ont ennuyé, même déplu jusqu’au dégoût, et j’ai dit dans ma mauvaise humeur : « Saint-Lambert, au Parnasse, n’est qu’une froide grenouille, Delille un hanneton, et Roucher un oiseau de nuit. » Aucun d’eux n’a su, je ne dis pas peindre la nature, mais même présenter un seul trait bien caractérisé de ses beautés les plus frappantes. « Quel blasphème ! » dirait l’ami Chabanon3. Je me recommande néanmoins à Mlle Necker, pour lui faire passer ce doux jugement. Il sera furieux et cela l’amusera, et s’il se fâchait tout de bon, et pour toujours, nous pourrions aussi habiller sa muse d’une forme voisine, mais au-dessous de celle de la grenouille. BUFFON. (Archives de Coppet. — Communiquée par la baronne de Staël.)

Notes de l'édition originale :
1 L’avocat général Jean Nadault, de l’Académie des sciences décrivait ainsi en 1750 
la tour de Montbard : 
« Cette tour est encore actuellement aussi entière que si elle venait d’être bâtie ; elle est 
coupée à pans du côté de la campagne et carrément du côté du donjon. Sa hauteur est de 130 
pieds ; elle a cinq étages avec une grande salle voûtée à chaque étage. Ces hautes voûtes 
servaient à resserrer en temps de guerre les effets des habitants de cette ville et des 
villages qui y avaient droit de retraite. La salle du rez-de-chaussée ne tirait de jour d’aucun 
côté et on ne pouvait y descendre que par une ouverture d’environ deux pieds, pratiquée dans le 
milieu de la voûte de sorte qu’il y a lieu de juger qu’elle servait autrefois de cachot. Cet 
étage et l’étage suivant sont actuellement enfouis dans les terres qu’on a rapportées. 
L’escalier, pris dans l’épaisseur du mur, conduit d’étage en étage à la plate-forme dont le 
parapet est formé par des créneaux avec meurtrières et mâchicoulis. L’eau s’écoule par des 
gargouilles très saillantes qui ont la forme de couleuvres… Le château de Montbard était l’un 
des plus vastes de la province et peut-être le plus fort avant l’invention de la poudre… M. 
Leclerc, comte de Buffon, en est actuellement possesseur à titre de cens. Il l’a démoli, mais 
il en a conservé les murs qui sont encore très entiers ; il a aussi conservé la grande tour qui 
est au septentrion, et celle dite de Saint-Louis, qui est au levant, mais qu’il a abaissée d’un 
étage. La grande tour du nord, dont la construction remonterait au IXe siècle, est appelée dans 
une charte de Philippe le Hardi, en 1376, la Tour de l’Aubépin. 
(Mémoire pour servir à l’histoire de la ville de Montbard, par Jean Nadault, publié en 1882 
par Louis Mallard et Nadault de Buffon, pages 53 et 58.) 
Le savant Jean Nadault a prédit que la tour de Montbard, élevée sur un rocher qui repose 
lui-même sur un massif de glaise sans cesse miné par les infiltrations glissera quelque jour 
dans la vallée. Ce jour ne paraît pas encore venu, car la tour de Montbard, qui a vu passer 
saint Bernard et Aleth de Montbard, sa mère, les ducs de Bourgogne de la première et de la 
seconde race, Louis XI, Henri IV, Louis XIV, Buffon et sa gloire, est encore aujourd’hui, sauf 
quelques blessures faites par la foudre à ses mâchicoulis, telle qu’elle est sortie des mains 
de son architecte inconnu. 
1 La voûte antique où Buffon réside et rêve huit heures chaque jour, c’est 
l’imposant donjon féodal qui domine sa retraite de Montbard, et dont l’aspect majestueux avait 
frappé la vive imagination de Mme Necker, qui aimait à l’en entretenir et à ce que Buffon lui 
en parlât. 
Elle lui écrit, dans une lettre publiée dans ses Mélanges : « Puissiez-vous respirer en 
liberté dans votre tour enchantée ! Puisse mon image se mêler quelquefois aux grandes idées qui 
vous occupent ! » Et dans la lettre à laquelle Buffon répond : « J’irai en pèlerinage à cette 
tour. » — « A ma tour de nécromancien, » ajoutait Buffon le 18 juillet 1781. 
Il lui dira encore le 16 avril 1783 : « Je vais maintenant à ma tour rêver quelques heures par 
jour. » Le 1er novembre, remerciant M. Necker de sa visite à Montbard, il datera sa lettre « de 
sa vieille tour et de sa trop vieille main ». Il dira encore, le 29 juillet 1784, à Mme Necker 
: « Je puis enfin m’occuper plusieurs heures par jour, et les plus heureuses sont celles que je 
passe en solitude dans cette tour antique. » 
Cependant on a vu, page 62, que Buffon n’a jamais travaillé dans la grande tour de Montbard, 
mais seulement dans les premières années de sa jeunesse dans la tour Saint-Louis, dont il fit 
ensuite sa bibliothèque, et que depuis longtemps il travaillait dans le pavillon qu’il s’était 
construit du côté de la vallée sur une ancienne tour, à l’autre extrémité de la terrasse. 
Maintenant que le lecteur connaît le cabinet de travail de Buffon, le site et jusqu’à 
l’ameublement de la pièce, le moment est venu de donner la journée de travail de ce grand 
travailleur, qui répondait à un prince étranger, lui demandant comment il était parvenu à une 
si grande renommée : « En passant cinquante années de ma vie à mon bureau. » Mais, au lieu de 
nous charger de décrire la journée de travail de Buffon, nous laisserons parler les 
contemporains, d’abord parce que leur récit aura un caractère plus authentique, et ensuite 
parce qu’il n’entre pas dans notre plan de donner ici une biographie de Buffon ; notre seul but 
étant de rassembler autour de sa correspondance les documents authentiques, jusqu’ici épars ou 
inconnus, pour servir à ceux qui écriront à l’avenir son histoire. 
Le chevalier de Buffon, Hérault de Séchelles, Humbert Bazile, Mlle Blesseau, le Père Ignace, 
tous contemporains de Buffon, nous ont laissé le récit détaillé de sa journée de travail. 
Chaque matin, à six heures, il franchissait la distance qui séparait son habitation de son 
cabinet de travail, et gravissait seul, d’un pas rapide, les cinq terrasses qui y conduisaient, 
et dont chacune était munie d’une grille de fer qu’il refermait avec soin derrière lui. 
« Dans sa jeunesse, — dit Mlle Blesseau, — il travaillait quatorze heures par jour… Depuis 
quarante ans, M. de Buffon se levait en été à cinq heures, se faisait accommoder très 
promptement et montait à son cabinet à sept heures ; à neuf heures, un domestique lui apportait 
son déjeuner ; il descendait à une heure trois quarts ou deux heures pour dîner. Lorsqu’il 
avait des personnes dont la conversation lui plaisait, il restait une partie de l’après-midi 
avec sa compagnie ; quand il s’en trouvait avec qui il ne pouvait pas converser ou qui 
l’ennuyaient, il remontait à son cabinet à trois heures ou trois heures et demie et se 
remettait au travail jusqu’à huit heures ; il ne soupait pas et se couchait à dix heures. » 
« Chaque matin, à une heure qui ne varia jamais, dit à son tour Humbert Bazile, on lui 
apportait son premier déjeûner. C’était sur un plateau d’argent un petit pain, un carafon d’eau 
et un carafon de vin. De neuf heures jusqu’à deux, il travaillait sans s’interrompre ; assis 
près de lui, j’écrivais sous sa dictée… A deux heures, il quittait le travail pour diner… Après 
son dîner, qui durait une heure, quelquefois deux, il rentrait dans sa chambre, prenait 
quelques instants de repos et faisait seul une promenade dans les allées de son parc… A cinq 
heures, il rentrait, se remettait à l’étude jusqu’à neuf et descendait au salon. » 
« Voici, écrit de son côté Hérault de Séchelles en 1785, comment il distribuait sa journée, et 
on peut même dire comment il la distribue encore. A cinq heures, il se lève, s’habille, se 
coiffe, dicte ses lettres, règle ses affaires. A six heures, il monte dans son cabinet, qui est 
à l’extrémité de ses jardins, ce qui fait presque un demi-quart de lieue, et la distance est 
d’autant plus pénible qu’il faut toujours ouvrir des grilles et monter de terrasses en 
terrasses. Là, ou il écrit dans son cabinet, ou il se promène dans les allées qui 
l’environnent, défense à qui que ce soit de l’approcher ; il renverrait celui de ses gens qui 
viendrait le troubler… A neuf heures, on lui apporte à déjeûner dans son cabinet ; quelquefois 
il le prend en s’habillant. Il travaille ensuite jusqu’à une ou deux heures ; il revient alors 
dans sa maison et il dîne. Après son dîner, il ne s’embarrasse guère de ceux qui habitent son 
château ou des étrangers qui sont venus le voir ; il s’en va dormir une demiheure dans sa 
chambre, puis il fait un tour de promenade, toujours seul, et, à cinq heures, il retourne à son 
cabinet pour se remettre à l’étude jusqu’à sept heures. Alors il revient au salon, se fait lire 
ses ouvrages ou corrige les productions qu’on lui présente… A neuf heures, il va se coucher et 
ne soupe jamais… Telle a été sa vie pendant cinquante ans. » 
« Jamais, dit le Père Ignace, il ne quittait son laboratoire qu’à ses heures marquées et 
personne n’avait le droit d’y pénétrer que lui. » 
« Aucun homme, — ajoute le chevalier de Buffon, son frère, — n’a mieux connu le prix du temps 
; aucun homme n’a employé plus constamment ni avec un zète plus uniforme toutes les heures de 
sa vie. A la campagne, il se levait très matin, se retirait aussitôt dans ses jardins et y 
restait enfermé jusqu’à une heure après-midi ; alors il revenait dans sa maison recevait sa 
compagnie et se mettait à table… Au sortir de table, il passait encore quelque temps avec sa 
compagnie et faisait lire, mais seulement quand on le lui demandait, ceux de ses écrits prêts à 
être imprimés, et ne dédaignait pas les critiques des personnes les moins instruites… Il ne 
soupait pas et se couchait de très bonne heure pour obtenir un sommeil qui ne se prolongeait 
jamais plus de quatre à cinq heures… Telle a été la distribution constante de tous les jours de 
sa vie, soit à la campagne, soit à Paris, à l’exception des trois derniers mois, pendant 
lesquels ses infirmités l’ont obligé de changer son genre de vie. » 
Buffon ne se mettait au travail qu’après s’être fait coiffer et habiller.
Il aimait le luxe du vêtement, sans toutefois aller jusqu’à la légende des manchettes de M. de 
Buffon, inventées par le prince de Monaco, ce qui faisait dire au Figaro, à propos d’un 
sauvetage accompli dans l’hiver de 1861 par l’arrière-petit-neveu de Buffon, qu’en se jetant 
tout habillé dans la Saône il n’avait pas craint de mouiller les manchettes de la famille. 
Humbert Bazile atteste qu’il a constamment vu Buffon vêtu comme Drouais l’a peint : avec un 
habit de velours rouge à brandebourgs d’or, une veste en drap d’or, culotte courte, bas de 
soie, souliers à boucles, l’épée au côté, jabot et manchettes de dentelles. 
« Personne à son âge, dit le Père Ignace, n’était plus soigné que lui. Recherché dans ses 
habits et sa parure, il failait qu’il fût bien malade pour rester un jour sans se faire 
accommoder. Il pasait une heure à sa toilette, qu’il regardait comme un délassement. » 
Mlle Blesseau et le Père Ignace, parlant de la toilette de Buffon, ont protesté contre cette 
autre légende du perruquier de Buffon lui racontant chaque matin la chronique scandaleuse de la 
ville de Montbard et du grand écrivain s’en amusant. 
« La toilette de M. de Buffon, dit la première, était bientôt faite. Chaque fois qu’il ne se 
trouvait près de lui personne à qui il pût parler, il faisait venir son secrétaire, et tout le 
temps que sa toilette durait, il était occupé à penser. Lorsqu’il avait fini, il allait à son 
bureau et écrivait ce qu’il venait de méditer. Il avait dans un tiroir une feuille courante, 
sur laquelle plusieurs fois dans la journée il inscrivait ses pensées ; le lendemain, il 
l’emportait à son pavillon. » 
« C’est ici le moment, dit de son côté le P. Ignace, de réfuter l’anecdote du perruquier. Il 
est vrai de dire que le valet de chambre de M. le comte de Buffon ne l’a pas toujours coiffé ; 
mais, durant les trente-huit ans que j’ai eu l’honneur de faire société avec cet homme 
immortel, j’avais l’habitude de me rendre deux ou trois fois la semaine à l’ordre qu’il m’avait 
donné. Mon heure était celle de sa toilette. Je le trouvais toujours un manuscrit à la main, 
et, pendant que je lui parlais, il me recommandait de ne rien dire devant son coiffeur qui fût 
de nature à être rapporté, ajoutant que tous les mauvais propos ne viennent que de pareilles 
gens. » 
1 Buffon écrivait, le 5 janvier 1779, à Guéneau de Montbeillard : « Dès que l’air 
s’adoucira, j’irai le respirer sur la montagne de Montbard. » (T. Ier, p. 418.) 
« M. de Buffon, dit Mme Necker dans ses Mélanges, pense mieux et plus facilement dans la 
grande élévation de sa tour de Montbard, où l’air est plus pur ; c’est une observation qu’il a 
faite souvent. » 
1 Voir Tome II, page 62, note 2 de la lettre du 17 juillet 1781 à Mme Necker, la 
description et l’inventaire du cabinet de travail de Buffon à Montbard et de la tour 
Saint-Louis. 
2 Mlle Geoffroy, gouvernante de Germaine Necker, dont Mme de Staël parle dans ses 
Mémoires. 
3 Ce projet de visite des Necker à Montbard ne s’est réalisé que l’année suivante, 
et nous entendrons Buffon, dans sa prochaine lettre à Mme Necker y renoncer avec tristesse pour 
cette année. Mais son fils étant tombé assez gravement malade, et Buffon ayant essuyé une crise 
de son terrible mal, Mme Necker, M. Necker et sa fille arriveront à l’improviste à Montbard 
avec le jeune comte de Buffon à la fin d’août 1783, et Buffon remerciera en termes émus Mme 
Necker, le 10 septembre, « d’une visite qui a été pour lui un jour de délices, dont le doux 
souvenir influera sur le bonheur de sa vie. » 
4 Coppet, somptueuse résidence, à la porte de Genève, dont les grands arbres 
baignent dans le lac, séjour de Bayle, retraite de Necker, exil de Mme de Staël. 
5 Le triomphe du parti aristocratique sur le parti populaire venait de modifier une 
fois de plus la forme du gouvernement de la république de Genève. En 1801 Genève, jusqu’alors 
gouvernement indépendant allié des cantons, est devenu canton suisse. 
6 Charles-François, marquis de Saint-Lambert, déjà nommé (tome Ier, p. 189), plus 
connu par sa liaison avec la marquise du Châtelet et Mme d’Houdetot, que par sa collboration à 
l’Encyclopédie, son Catéchisme philosophique, écrit sous l’inspiration d’Helvétius et ses 
poésies. Le poème des Saisons, publié en 1765, fut très vivement attaqué par le Bourguignon 
Clément, surnommé par Voltaire l’Inclément, et qui adressait en 1770 ces vers à Saint-Lambert 
du For-Levêque, où il l’avait fait enfermer par une lettre de cachet : 
Pour avoir dit que tes vers sans génie
M’assoupissaient par leur monotonie,
Froid Saint-Lambert, je me vois séquestré.
Si tu voulais me punir à ton gré,
Point ne fallait me laisser ton poème ;
Lui seul me rend mes chagrins moins amers,
Car de nos maux le remède suprême
C’est le sommeil… Je le dois à tes vers.
1 L’abbé Jacques Delille déjà nommé (t. Ier, p. 284, note 2). Le roi n’ayant pas 
ratifié, en 1772, son élection à l’Académie française à cause de son âge, il n’y fut reçu que 
deux ans après, en 1774, à la place de La Condamine, ami de Buffon. Ayant suivi le comte de 
Choiseul-Gouffier dans son ambassade à Constantinople, c’est d’Athènes qu’il adressa à Mme de 
Vaisne la lettre dont il a été parlé t. Ier, p. 279. Il fut, dans les dernières années de sa 
vie, professeur de belles-lettres à l’Université, et de poésie latine au Collège de France. 
2 Jean-Antoine Roucher, poète et littérateur, né en 1745, mort sur l’échafaud le 7 
octobre 1793. Rivarol a dit du poème des Mois, paru en 1779 : « C’est en poésie le plus beau 
naufrage du siècle. » 
3 Anatole Denis de Chabanon, littérateur et musicien, précédemment cité. (Tome Ier, 
page 363, note 2.) Il était de l’intimité des Necker. 


LETTRE CCCCLXXXVI

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