Buffon et l'histoire naturelle : l'├ędition en ligne 

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Autour d'Ampère, photo : stéphane pouyllau, CNRS

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« La virginité est un être moral »

« La virginité est un être moral »

Dans le texte « De la Puberté », publié au tome II de l’Histoire naturelle, Buffon explique que l’hymen (membrane qui marque la virginité des filles) est une fiction.

La virginité est, selon lui, une vertu qui « ne consiste que dans la pureté du cœur » et dont on a fait (à tort) un objet physique en l’incorporant.

Pour Buffon, c’est en exposant les vierges aux regards des médecins qu’on porte véritablement atteinte à leur « virginité » (c'est-à-dire à la pureté de leur âme). L’hymen est pour Buffon « une idole », une idée fausse « qui fait plaisir à croire », et sur laquelle est bâtie tout un ordre social (cf. tome II, p. 492) :

« Les hommes jaloux des primautés en tout genre, ont toujours fait grand cas de tout ce qu’ils ont cru pouvoir posséder exclusivement et les premiers ; c’est cette espèce de folie qui a fait un être réel de la virginité des filles. La virginité qui est un être moral, une vertu qui ne consiste que dans la pureté du cœur, est devenue un objet physique dont tous les hommes se sont occupez ; ils ont établi sur cela des opinions, des usages, des cérémonies, des superstitions, et même des jugements et des peines ; les abus les plus illicites, les coutumes les plus déshonnêtes, ont été autorisés ; on a soumis à l’examen de matrones ignorantes, et exposé aux yeux de médecins prévenus, les parties les plus secrètes de la Nature, sans songer qu’une pareille indécence est un attentat contre la virginité… »

Buffon s’oppose à toute une tradition d’anatomistes fameux (Fallope, Vésale, Diemerbroek, Riolan, Bartholin, Heister, Ruisch, etc.), à laquelle il oppose une autre liste d’anatomistes : Ambroise Paré, Dulaurent, Graaff, Pineus, Dionis, Mauriceau, Palfyn… pour qui l’hymen est une chimère, une fiction plutôt qu’une chose réelle et constante. Ces anatomistes de la seconde liste n’ont, selon Buffon, pas trouvé de « paroi » virginale mais seulement des protubérances charnues ou des « rugosités du vagin », qu’ils ont appelées « caroncules myrtiformes ».

Ainsi Buffon analyse sur le cas de l’hymen un cas caractéristique de confusion entre le physique et le moral : une croyance morale pour laquelle on a voulu trouver un fondement anatomique.

L’anthropologie physique fera de l’existence de l’hymen (de même que des difficultés de l’accouchement) une marque caractéristique de la femme, par opposition aux autres femelles. C’est le cas par exemple de Moreau de la Sarthe, dans son Histoire naturelle de la femme (1803), tome I, p. 52-56 ; en particulier p. 56 :

Thierry Hoquet

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Directeurs de publication : Pietro Corsi et Thierry Hoquet, hébergement : Centre de Calcul de l'IN2P3-CNRS.