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mardi 15 mars 2011

Parution : Buffon et ses lecteurs. Les complicités de l’Histoire naturelle par Maëlle Levacher

Nous avons le plaisir de vous informer de la parution de Buffon et ses lecteurs. Les complicités de l’Histoire naturelle par Maëlle Levacher.

Présentation de l'ouvrage : Les approches rhétorique, sociologique et historique sont convoquées au sein d’une étude portant sur trois siècles, pour mettre en lumière des aspects méconnus de l’Histoire naturelle de Buffon: son élaboration et sa réception reposent sur des interactions nombreuses et de natures diverses entre l’auteur et ses lecteurs. Buffon s’inscrit dans le partage d’une communauté culturelle avec son public. L’histoire de l’Histoire naturelle, à bien des égards, est plus riche de la participation de ses lecteurs qu’on ne le pense ordinairement.

Pitch : Rhetorical, sociological and historical approaches are applied here in a study covering three centuries which aims to bring to light unknown or unrecognised aspects of Buffon's Histoire naturelle.

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Auteur Levacher (Maëlle) Titre Buffon et ses lecteurs. Les complicités de l’Histoire naturelle Collection L’Europe des Lumières N° dans la collection 5 ISBN 978-2-8124-0216-6 EAN 9782812402166 Lieu d'édition Paris Date de parution 02/03/2011 Format 16 x 24 x 2 cm Nombre de pages 398 pages Broché / Relié Broché Nombre de volumes 1 volume(s) Poids 650 g Prix unitaire: 59.00 € TTC

lundi 23 juillet 2007

Nouvelles parutions sur Buffon

Bonjour,
Voici quelques titre parus ou à paraître dans les semaines qui viennent :

  • Georges Louis Leclerc de Buffon, Œuvres, préface de Michel Delon, textes choisis, présentés et annotés par Stéphane Schmitt avec la collaboration de Cédric Crémière, Paris, Gallimard (coll. « Pléiade »), 2007, LXXXII-1677 pp.
  • Georges Louis Leclerc de Buffon, Histoire naturelle des Oiseaux, illustrée par 1008 gravures de François-Nicolas Martinet, textes choisis et introduits par Stéphane Schmitt, avec la collaboration de Cédric Crémière, Paris, Citadelles et Mazenod, 2007, 672 p. (sortie le 26 septembre 2007)
  • Georges Louis Leclerc de Buffon, Œuvres Complètes. Volume 1. Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy. Tome premier (1749), édité par Stéphane Schmitt, avec la collaboration de Cédric Crémière, Paris, Honoré Champion, 2007 (sortie début septembre 2007).
  • Hérault de Séchelles, Voyage à Montbard, éd. par Stéphane Schmitt, Paris, Gallimard, "Le Promeneur", 2007 (sortie en octobre 2007).

vendredi 20 juillet 2007

Les mots et les choses au XVIIIe siècle : la science, « langue bien faite » ?


Colloque international
organisé par Denis Reynaud (Université Lyon 2 / UMR 5611 LIRE ; Denis.Reynaud@univ-lyon2.fr) et Philippe Selosse (Univ. Lyon 2 / UMR 5037-GRAC ; selosse.philippe@wanadoo.fr)
vendredi 21 et samedi 22 septembre 2007
Université Lyon 2, 18 quai Claude Bernard, Salle des Colloques

2007 verra la célébration du tricentenaire des naissances de Linné et de Buffon. Ce sera pour nous prétexte à réunir les deux ennemis de l’histoire naturelle classique dans une perspective commune. Celle-ci ne sera centrée ni sur la biographie ni sur le statut des deux hommes mesuré à l’aune de la science actuelle. Elle les inscrira en revanche dans la réflexion générale des Lumières sur les rapports entre langue et science, à travers notamment les questions de nomenclature. En botanique mais aussi en zoologie, le xviiie siècle est le siècle des systèmes et de la réfutation des systèmes. Ces systèmes, qui concernent aussi bien la classification des pierres, plantes et animaux, que la structuration de leurs dénominations, ont donné lieu à l’émergence d’un terme nouveau en français, celui de nomenclature dans ses acceptions de “méthode systématique de structuration des dénominations” et “ensemble des dénominations structurées selon une méthode” (1758 selon le Trésor de la Langue Française). C’est sur les problématiques soulevées par ce nouveau concept que le colloque concentrera sa réflexion.

Problématiques

Les communications tenteront de répondre à la question générale Qu’est-ce qu’une nomenclature? en partant des problématiques suivantes :

– du point de vue de l’histoire des idées: quels sont les liens existant entre nomenclature et système, dans une épistèmè de systèmes? L’opposition de Vicq d’Azyr (qui critique la dépendance de la nomenclature botanique à l’égard du système de Linné) et de Condorcet (qui affirme au contraire l’indépendance de cette nomenclature à l’égard de tout système), l’apparente opposition de Linné et Buffon au sujet de la nomenclature, l’intégration des caractéristiques des différents systèmes développés par chaque botaniste dans leurs nomenclatures, constituent autant de bases de réflexion;

– du point de vue linguistique: quelles sont les caractéristiques linguistiques d’une nomenclature? Et en particulier au xviiie siècle, quelles en sont les caractéristiques en latin? en français? en anglais? en allemand? en italien? En quoi la nomenclature emprunte-t-elle aux nouvelles conceptions de la langue développées par les Encyclopédistes (Beauzée et autres)?

– du point de vue philosophique: en quoi la nomenclature caractérise-t-elle l’épistèmè des Lumières? Quels sont les liens entre la nomenclature des naturalistes et les réflexions conceptualistes de Bacon, Locke et Condillac (entre autres)? et les réflexions réalistes d’un Leibniz? quelle est la place de la nomenclature dans les théories de la connaissance d’un Condillac, d’un Rousseau, d’un Leibniz…?

– du point de vue épistémologique: la science des Lumières se réduit-elle à des systèmes de représentations, dont la nomenclature serait la forme la plus accomplie?

– du point de vue politique, enfin: quelle dimension sociale attribuer aux lois nomenclaturales et à leur visée universelle? comment interpréter l’extrême attention portée à la nomenclature de la Révolution française, dans le droit fil de la pensée linnéenne?

Programme

8h30 : Accueil des participants


Vendredi 21 septembre 2007


Matinée : Approche philosophique et linguistique : qu’est-ce qu’une nomenclature ?


9h-9h10 : Introduction


I. Le point de vue des Lumières

9h10-9h45 : Sylvain Auroux (UMR 7597, Laboratoire d’histoire des théories linguistiques) : « Condillac et la notion de langue bien faite »

9h45-10h20 : Aliénor Bertrand (UMR 5037, Institut d’Histoire de la Pensée Classique) : « De la dénomination à la nomenclature : genèse et système dans la philosophie de Condillac »

10h20-10h55 : Marie Leca-Tsiomis (Université Paris X) : « Nomenclature, définition et description dans la pratique de Diderot encyclopédiste »


10h55-11h15 : pause


II. Le point de vue des modernes, linguistes et psychologues

11h15-11h50 : Marie Luce Honeste (Université Rennes II, EA 4089 Sens, Texte, Histoire, Paris IV-Sorbonne) : « Les mots, les choses et les concepts : y-a-t-il une différence entre nomenclature scientifique et lexique de langue ? »

11h50-12h25 : Danièle Dubois (UMR 7604, LAM / LCPE « Langages, Cognition, Pratiques, Ergonomie ») : « Les catégories naturelles et les termes de base en sciences cognitives contemporaines : une "révolution" ? »


12h25-14h15 : déjeuner


Après-midi : Approches pratiques : les nomenclatures des Lumières


14h15-14h50 : Christian Bange (Université Lyon 1, Société Linnéenne de Lyon) : « La nomenclature linnéenne : les principes et leur application par Linné et par les botanistes français du xviiie siècle »

14h50-15h25 : Alicja Kacprzak (Université de Łódź, Pologne) : « La Nosologie méthodique de François Boissier de la Croix de Sauvages (1771) : un point de vue linguistique »

15h25-16h : Élisabeth Motte-Florac (Université Montpellier 1) : « Une nouvelle approche de la systématique botanique par François Boissier de la Croix de Sauvages d’après son manuscrit Catalogus Horti Monspeliensis »


16h-16h15 : pause


16h15-16h50 : Andreja Eržen (Université de Lausanne, Suisse) : « Les botanistes slovènes germanophones et les nomenclatures scientifiques slovènes »

16h50-17h25 : Jean-Marc Rohrbasser (Institut national d’études démographiques) : « Christian Wolff : nomenclature philosophique et style systémique »

17h25-18h : Danièle Beltran-Vidal (Université Lyon 2 / EA 656, Centre de recherches en terminologie et traduction) : « "Inventaire" des connaissances et "méthode de juger et d’inventer" : dénominations de l’unité et des différentes espèces de substances dans le système de Leibniz »



Samedi 22 septembre 2007


Matinée : Approches épistémologiques : quelle valeur scientifique pour la nomenclature ?


9h30-10h05 : Alexandra Cook (Université de Hong-Kong, Hong Kong Special Administrative Region) : « The disciple critiques the Master : Jean-Jacques Rousseau and Linnaean nomenclature »

10h05-10h40 : Jeff Loveland (Université de Cincinatti, États-Unis) : « La Nomenclature dans la querelle entre Buffon et Linné »


10h40-11h : pause


11h-11h35 : Françoise Badelon (Lycée Jeanne d’Arc, Figeac / Univ. Toulouse 2) : « Du fossile à l’homme, selon Jean-Baptiste Robinet : genèse des différences et refus d’une nomenclature »

11h35-12h10 : Pascal Duris (Université Bordeaux 1, EA 2971, Laboratoire Épistémè) : « Linné et la réforme de la nomenclature anatomique sous la Révolution »


12h10-14h30 : déjeuner


Après-midi : Approches sociales et politiques de la nomenclature : une révolution ?


14h30-14h45 : Juliette Grange (UMR 5611 LIRE) : « De la nomenclature à la classification. Y a-t-il une rupture entre les xvii-xviiie siècles et le xixe siècle ? »

14h45-15h20 : Jean-Marc Drouin (Muséum National d’Histoire Naturelle / Centre Koyré) : « Le paradoxe du Baobab. Nomenclature botanique et métissage culturel »

15h20-15h55 : Jonathan Simon (Université Lyon 1) : « L’autorité de la nature dans la nouvelle nomenclature chimique : Locke, Condillac et Lavoisier »


15h55-16h15 : pause


16h15-16h50 : Denis Reynaud (Université Lyon 2, UMR 5611 LIRE) : « Rues, poids, mois : nomenclatures du quotidien à la fin du xviiie siècle »

16h50-17h20 : Philippe Selosse (Université Lyon 2, UMR 5037-GRAC) : « Révolutions nomenclaturale, orthographique et sémiotique »

dimanche 3 juin 2007

Symposium Buffon

Le Muséum National d’Histoire Naturelle fête le 300ème anniversaire de la naissance de Buffon. Entre autres événements, il organise un symposium international les 18 et 19 octobre 2007 sur le thème : "Les muséums et les institutions d’histoire naturelle au 21ème siècle : leur contribution à la science, à la nature, à la société".

vendredi 23 février 2007

Réponse à propos de la recension de mon ouvrage Buffon : Histoire naturelle et philosophie (Paris, Champion, 2005)...

par Thierry Hoquet

Réponse à propos de la recension de mon ouvrage Buffon : Histoire naturelle et philosophie (Paris, Champion, 2005), donnée par Martine Groult dans le dernier numéro de la revue XVIIIe siècle (2006).

Martine Groult salue dans la revue XVIIIe siècle dont elle est l’un des deux rédacteurs en chef, la parution de mon ouvrage Buffon : Histoire naturelle et philosophie (Paris, Champion, 2005) comme un « important moment », dans les études sur l’Histoire naturelle : « Il fallait faire fort pour présenter ce nouvel angle de vue et T. Hoquet l’a remarquablement fait ».

On pourrait s’attendre dès lors à ce que la recension s’attache à éclairer l’originalité de cette thèse et discute les arguments mis en avant pour la soutenir. M. Groult, qui a travaillé avec Jacques Roger, pourrait tenter d’expliquer en quoi je suis « un successeur » dont Roger « pourrait être satisfait », sans pour cela être son « sectateur » : cette distinction proposée par M. Groult est en effet assez juste puisque mon ouvrage n’adopte pas la perspective générale et plutôt biographique qui était celle de J. Roger.

Au lieu de cela, les critiques adressées par Mme Groult portent pour l’essentiel sur le traitement réservé dans mon ouvrage à l’Encyclopédie. Force est d’avouer que l’Encyclopédie, pour monumentale et incontournable qu’elle soit, n’est pas au cœur de mon propos. Je n’y fais référence que de manière tout à fait occasionnelle, le plus souvent afin de marquer le « contexte » intellectuel de Buffon. J’en cite simplement plusieurs articles dans le premier chapitre (sur les différents types de cris ou de clameurs), chapitre loué par Mme Groult comme « très intéressant ». J’utilise également des articles de l’Encyclopédie pour poser la question des classifications.

Ainsi, la somme monumentale dirigée par Diderot et d'Alembert ne doit pas occuper plus de trois pages sur les 810 de mon livre, et jamais pour y être un objet d’étude propre. Je ne traite pas des rapports ou de la convergence entre Buffon et l’Encyclopédie : on peut me le reprocher, mais ce n’est pas mon objet.

Pourquoi alors parler, à propos d’un ouvrage pourtant loué, de « catastrophes dans la recherche scientifique  » ou d’« erreurs grossières qui portent à conséquences » ? Il paraît en réalité que M. Groult prend prétexte de mon livre pour batailler contre l’édition électronique de l’Encyclopédie sur le CD-Rom de Redon, que j’ai effectivement le plus souvent. utilisée. Querelle ancienne mais ici l’accusation est purement incantatoire : je voudrais montrer qu’aucune « catastrophe » véritable n’est pointée du doigt en reprenant les différents points qui me sont reprochés.

• J’indique dans mon ouvrage (p. 225-226) qu’il n’y a pas d’entrée « Classification » dans l’Encyclopédie. Ce n’est pas de ma part un « étonnement », mais plutôt une invitation pour le lecteur à mettre de côté la perspective classificatoire, pour essayer de voir de quelle manière le problème se posait à Buffon.

J’invite donc à dépasser la question « classificatoire » par la lecture des articles Cabinet d’histoire naturelle, Histoire naturelle, Méthode ou bien l’article Abstraction des Suppléments. Il s’agit pour moi de partir non de l’objet « classification » mais des différents enjeux spécialisés qui traversent la question : celle des méthodes d’apprentissage, celle du rapport d’un sujet à un prédicat, celle des pratiques d’arrangements des collections naturalistes… Cela me permet d’expliquer par exemple, pourquoi l’anti-linnéisme de Buffon est interprété par Lord Monboddo comme un nominalisme intégral : comme une manière de saper non pas seulement l’entreprise classificatoire du Suédois, mais la possibilité de toute connaissance. Tout cela est clairement indiqué dans les pages incriminées.

• Ensuite, p. 31, réfléchissant sur la place de l’histoire naturelle dans le système des connaissances, je fais référence au « Système figuré des connaissances humaines ». M’appuyant sur l’édition Malherbe, je donne d’Alembert pour auteur de ce texte. M. Groult me le reproche. Je ne veux pas entrer dans ces querelles d’auteur : mon propos en effet n’analyse pas la philosophie de d'Alembert mais seulement la place de l’histoire naturelle dans l’ordre des savoirs. Ici, c’est le texte du Système figuré qui m’intéresse, quel qu’en soit d’ailleurs l’auteur.

• Mme Groult juge ensuite utile de consacrer quelques lignes du court espace qui lui est imparti pour m’adresser un dernier coup de griffe : je n’ai pas marqué la différence qui existe entre Wolf et Kant, dans une allusion rapide (sans doute trop) que je fais page 153. En revanche, aucun commentaire n’est donné de la longue analyse des différents types de rapports entre physique et mathématique qui fait l’objet propre du chapitre VIII, en particulier la section « Mathématiques et physique selon S’Gravesande », où j’analyse dans le détail les perspectives de Musschenbroek, Desaguliers et S’Gravesande, pour en montrer l’importance pour Buffon (p. 299-306). Je suis philosophe, comme le rappelle Mme Groult, mais cela ne signifie pas que je m’en tienne à Kant et Hume. En l’occurrence, mettre en avant S’Gravesande est une manière de dépasser l’illusion rétrospective qui fait de Hume une référence incontournable pour le problème de l’induction. C’est là un résultat qui méritait peut-être d’être signalé. On peut aussi juger un livre par ce qu’il montre plutôt que de rechercher tout ce qu’il ne fait pas.

Utiliser une édition électronique de l’Encyclopédie est peut-être un pis-aller, qui comporte sans doute, outre des avantages, certains biais auxquels il faut prendre garde et que la communauté savante s’est employé à signaler depuis la parution de ces nouveaux instruments (le numéro 31-32 des Recherches sur Diderot et l’Encyclopédie l’indique assez). Je persiste à penser que ces instruments avant tout maniables sont un important outil de diffusion des savoirs, pour imparfaits qu’ils soient. Le lecteur qui les emploie n’est pas complètement passif ni idiot. Il remarque les défauts et tente de s’en prémunir. Ainsi, on s’aperçoit aisément à la lecture que l’article « Botanique » est incomplet sur l’édition Redon : on ne reste pas alors « étonné » ou « stupide » devant un texte incohérent, on va consulter le texte original dès qu’on le peut.

Ainsi, dénonçant des « erreurs grossières qui portent à conséquences », M. Groult ne pointe pourtant rien de tel dans mon ouvrage. Le lecteur peut donc quitter cette recension soulagé. La gigantomachie mise en place par M. Groult ne visait qu’à conjurer d’anciens démons électroniques et ne porte pas sur l’ouvrage intitulé Buffon : histoire naturelle et philosophie, dont la lecture et le compte rendu restent à faire.

mardi 20 février 2007

Les mots et les choses au XVIIIe siècle : la science, "langue bien faite" ?

Colloque international : appel à communications

Date : 21-22 septembre 2007 ; Université Lyon 2, Lyon, France

Comité organisateur : Denis Reynaud (Lyon 2 / UMR 5611 LIRE), Philippe Selosse (Lyon 2-GRAC / UMR 5037 Institut d’Histoire de la Pensée Classique)

2007 verra la célébration du tricentenaire des naissances de Linné et de Buffon. Ce sera pour nous prétexte à réunir les deux ennemis de l’histoire naturelle classique dans une perspective commune. Celle-ci ne sera centrée ni sur la biographie ni sur le statut des deux hommes mesuré à l’aune de la science actuelle. Elle les inscrira en revanche dans la réflexion générale des Lumières sur les rapports entre langue et science, à travers notamment les questions de nomenclature.


1. Cadre épistémique de la nomenclature au siècle des Lumières

En botanique mais aussi en zoologie, le XVIIIe siècle est le siècle des systèmes (Linné 1735, 1738 ; Adanson, 1763 ; Bergen 1750 ; Boissier de Sauvages 1751 ; Gleditsch 1764 ; Haller 1742 ; Heister 1748a ; Jacquin 1760 ; Ludwig 1739a…) et de la réfutation des systèmes (Buffon 1749 ; Crantz 1766 ; Lamarck 1792d-f). Ces systèmes, qui concernent aussi bien la classification des pierres, plantes et animaux, que la structuration de leurs dénominations, ont donné lieu à l’émergence d’un terme nouveau en français, celui de nomenclature dans ses acceptions de « méthode systématique de structuration des dénominations » et « ensemble des dénominations structurées selon une méthode » (1758 selon le Trésor de la Langue Française1). C’est sur les problématiques soulevées par ce nouveau concept que le colloque concentrera sa réflexion.


S’attacher à la nomenclature, c’est d’abord prendre en compte l’importance de la langue dans les publications scientifiques de l’époque – et rappeler que la science est alors indissociable (indissociée) des lettres (Buffon 1753) et se réalise d’abord par la langue. La nomenclature est en effet au cœur des publications :

- Linné (1751) présente une nouvelle nomenclature – non pas celle, binominale, que l’historiographie a confusément attachée à son nom, mais celle des noms spécifiques essentiels, naturels et factices – qui donne lieu à de violentes polémiques tout au long du siècle, tant sur le fond (le type de nomenclature proposé – Siegesbeck 1737, Gleditsch 1740) que sur la forme (le bouleversement occasionné par la nouvelle nomenclature – Dillen 1732). De plus, bien d’autres auteurs présentent des tentatives nouvelles de nomenclatures : Adanson (1763), Bergeret (1783), Rafinesque-Schmalz (1814), Rousseau (1777)…

- un concept marginal de Linné, celui des « Noms Triviaux » (source de la nomenclature binominale), se trouve prendre un développement inattendu en France, par sa compatibilité avec la théorie des idées des encyclopédistes (Auroux 1979) et le condillacisme. D’abord approuvé en 1774 par l’Académie des Sciences, il est ensuite prôné par les botanistes français (les Jussieu, Lamarck, Rousseau…) puis devient la base de la nomenclature internationale ;

- aucun botaniste, qu’il suive ou combatte Linné, ne publie alors d’ouvrage sans commencer par de longues discussions sur les dénominations, le mode de dénomination – avant même de présenter son système de classification et les nouvelles plantes recensées. La langue paraît donc être l’objet central de toutes les attentions (Heister 1748b ; Ludwig 1747 ; Millin, 1795 ; Müller-Wille 2006 ; Reynaud 1989), à tel point que les réflexions sur la langue débordent parfois très largement le simple cadre de la nomenclature (Adanson 1763).


La nomenclature est par ailleurs et surtout la notion qui concrétise, au niveau de la langue, l’opposition alors récurrente entre un réalisme qui vise des entités spécifiques existant dans la nature et indépendantes de l’homme, et un conceptualisme qui vise des entités spécifiques saisies par l’homme dans la continuité de la nature et en tant que telles dépendantes de la perception humaine. Dans le premier cas (Linné), les espèces, discrètes, peuvent être nommées et leur définition passe exclusivement par la nomenclature (rejet de l’image), qui a force ontologique ; créées par Dieu, elles n’ont rien de commun avec l’humain et refusent donc tout ce qui ressortit à la rhétorique (rejet des figures de style). Dans le second cas (Buffon), les espèces, prises dans un continuum, ne peuvent être nommées qu’artificiellement, sans aucune dimension définitoire ; fruits de l’esprit humain appréhendant la nature, elles ne peuvent être mieux approchées et définies que par le discours humain, dont une des caractéristiques est la rhétorique et le recours à l’image sous toutes ses formes, picturale et linguistique (intégration des figures de style). La « nomenclature » est alors analogique de la « langue de la nature » et tout le débat se résume à deux positions : « réduire la langue de la nature au système » ou « réduire le système à la langue de la nature » (Crantz 1766)


La nomenclature, enfin, est souvent définie sous forme d’aphorismes baconiens, qui prennent le nom de « lois » ou « fondements ». Cette dimension législative n’est peut-être pas sans objectifs politiques : certains (Drouin 2000) y ont vu l’amorce d’un « pacte social » ; d’autres (Duris 1993, 2006) y ont vu l’effet inverse, la Révolution française et sa « frénésie nomenclaturale » en tous domaines (poids et mesure, calendrier, chimie…) concrétisant l’importance de la réflexion nomenclaturale en lui donnant un caractère social et politique prééminent. À moins que ce ne soit simplement un fait d’épistémè… ?


2. Problématiques du colloque

Les communications tenteront de répondre à la question générale Qu’est-ce qu’une nomenclature ? en partant des problématiques suivantes :

– du point de vue de l’histoire des idées : quels sont les liens existant entre nomenclature et système, dans une épistèmè de systèmes (Leibniz, Système nouveau de la nature, entre autres) ? L’opposition de Vicq d’Azyr (<1779>, 1805 - qui critique la dépendance de la nomenclature botanique à l’égard du système de Linné) et de Condorcet (<1778>, 1781 - qui affirme au contraire l’indépendance de cette nomenclature à l’égard de tout système), l’apparente opposition de Linné et Buffon au sujet de la nomenclature, l’intégration des caractéristiques des différents systèmes développés par chaque botaniste dans leurs nomenclatures, constituent autant de bases de réflexion ;

– du point de vue linguistique : quelles sont les caractéristiques linguistiques d’une nomenclature ? Et en particulier au xviiie siècle, quelles en sont les caractéristiques en latin ? en français ? en anglais ? en allemand ? en italien ? En quoi la nomenclature emprunte-t-elle aux nouvelles conceptions de la langue développées par les Encyclopédistes (Beauzée et autres) ?

– du point de vue philosophique : en quoi la nomenclature caractérise-t-elle l’épistèmè des Lumières ? Quels sont les liens entre la nomenclature des naturalistes et les réflexions conceptualistes de Bacon, Locke et Condillac (entre autres) ? et les réflexions réalistes d’un Leibniz ? quelle est la place de la nomenclature dans les théories de la connaissance d’un Condillac, d’un Rousseau, d’un Leibniz (cf. Selosse 2006)… ?

– du point de vue épistémologique : la science des Lumières se réduit-elle à des systèmes de représentations, dont la nomenclature serait la forme la plus accomplie ?

– du point de vue politique, enfin : quelle dimension sociale attribuer aux lois nomenclaturales et à leur visée universelle ? comment interpréter l’extrême attention portée à la nomenclature de la Révolution française, dans le droit fil de la pensée linnéenne ?


3. Soumission des propositions de communications

L’examen des propositions de communication sera fait par deux membres du comité scientifique ;

– chaque proposition comportera le titre et le résumé de la communication (2500 caractères maximum), accompagnés de 5 références bibliographiques (max.) permettant de situer l’orientation du travail, et suivis du nom, de l’appartenance institutionnelle et de l'adresse postale ou courriel de l'auteur ;

– langues de travail : français, allemand, anglais, italien ;

– envoi des propositions, soit par courrier postal à l’adresse suivante : Denis Reynaud, Faculté Lesla, Université Lyon 2 / 18, quai Claude Bernard 69365 LYON cedex 07 ; soit par courriel : denis.reynaud@univ-lyon2.fr, selosse.philippe@wanadoo.fr

– date limite de réception : 31 janvier 2006.


4. Calendrier :

– appel à communication : juin 2006

– date limite de réception des propositions de communication : 31 janvier 2006

– date d’acceptation des communications : 1er mars 2007

– tenue du colloque : 21 et 22 septembre 2007 à Lyon

– la publication des actes est envisagée à l’issue du colloque



Références bibliographiques


Adanson, M., 1763, Familles des Plantes, 2 vol., Paris, Vincent.

Auroux, S., 1979, La Sémiotique des Encyclopédistes, Paris, Payot.

Bacon, F., 1986, Novum Organum (éd. et t.f. de M. Malherbe & J.-M. Pousseur), Paris, PUF, Epiméthée.

Bergen, C. A. von, 1750, Flora Francofurtana Methodo Facili Elaborata..., Francofurti ad Viadrum, J.C. Kleyb.

Bergeret, J., 1783, Phytonomatotechnie universelle, 2 vol., Paris, Chez l'Auteur.

Boissier de Sauvages, F., 1751, Methodus Foliorum, La Haye, Gravenhage.

Buffon, G. L., 1749, Histoire Naturelle, Générale et Particulière. Tome I : « Premier Discours. De la manière de traiter et d'étudier l'Histoire Naturelle », Paris, Imprimerie Royale.

Buffon, G. L., <1753>, 1896, Discours sur le style, prononcé par M. de Buffon le jour de sa réception le 25 août 1753, J. Pierre éd., Paris, Poussielgue.

Condorcet, M. J. A. N. Caritat, marquis de, <1778>, 1781, « Eloge de M. de Linné », in Histoire de l'Académie Royale des Sciences, p. 66-84, Paris.

Crantz, H. J. N., 1766, Institutiones Rei Herbariae..., 2 vol., Vindobonae, Kraus.

Dillen, J. J., 1732, Hortus Elthamensis..., 2 vol., Londini, sumptibus auctoris.

Drouin, J.-M., 2000, « Linné et la dénomination des vivants : portrait du naturaliste en législateur », in Le Temps des savoirs, n°1, p. 17-38, Paris, Odile Jacob.

Duris, P., 1993, Linné et la France (1780-1850), Genève, Droz.

2006, Linné, Pour la Science, Hors série, 26.

Foucault, M., <1966>, 1990, Les Mots et les choses, Paris, Gallimard, TEL.

Gleditsch, J. G., 1740, Consideratio Epicriseos Siegesbeckianae..., Berolini, apud A. Haude.

1764, Systema Plantarum a Staminum Situ..., Berolini, Haude et Spener.

Haller, A. von, 1742, Enumeratio Methodica Stirpium Helvetiae Indigenarum, Tome I, Gottingae, ex officina A. Vandenhoek.

1768, Historia Stirpium Indigenarum Helvetiae Inchoata, Tome II, 2 vol., Bernae, sumptibus Societatis typographicae.

1769, Nomenclator ex Historia Plantarum Indigenarum Helvetiae excerptus, Bernae sumptibus Societatis typographicae.

Heister, L., 1748a, Systema Plantarum Generale ex Fructificatione, Helmstadii, Weygand.

1748b, Regulae Botanicae de Nominibus Plantarum a Celeb. Linnaei longe diversae, in Heister, L., 1748a, p. 23-48.

Jacquin, N. J., 1760, Enumeratio Systematica Plantarum..., Lugduni Batavorum, T. Haak.

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1792d, « Sur les travaux de Linnaeus », in Journal d'Histoire Naturelle, 1 (4), p. 136-144.

1792e, « Sur les Systèmes et les Méthodes de Botanique, et sur l'analyse », in Journal d'Histoire Naturelle, 1 (8), p. 300-307.

1792f, « Sur l'étude des rapports naturels », in Journal d'Histoire Naturelle, 1 (10), p. 361-371.

<1816-1819>, 1991, Articles d'Histoire Naturelle (J. Roger et G. Laurent éd.), extraits du Nouveau Dictionnaire d'Histoire Naturelle, dit de Déterville (2e éd.), Paris, Belin.

Lamarck, J.-B. Monet de, Poiret, J., 1783-1817, Encyclopédie méthodique botanique, 7 Tomes et 5 suppléments, Paris, Panckoucke / Agasse.

Leibniz, G. W., <1695>, 1994, Système nouveau de la nature… (C. Frémont éd.), Paris, GF, n°774.

<1703/1765>, 1990, Nouveaux Essais sur l'Entendement Humain (J. Brunschwig éd.), Paris, GF, n°582.

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1736b, Fundamenta Botanica, Amstelodami, Schouten.

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1745, Flora Suecica, Stockhomiae, sumtu L. Salvii.

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1739a, Observationes in Methodum Plantarum Sexualem Cel. Linnaei, Lipsiae, ex officina langenhemiana.

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Rousseau, J.-J., <1777>, 1969, « Caractères de Botanique », in Oeuvres Complètes (B. Gagnebin et M. Raymond éd.), Tome 4, p. 1196-1197, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.

Reynaud, D., 1989, « Corolla, corona… (les nomenclateurs du dix-huitième siècle ont-ils quelque chose à nous apprendre ?) », in Bulletin of the Faculty of Letters, Université de Nagoya.

Selosse, Ph., 2006, « La théorie de la connaissance chez Linné », in Actes du congrès d’histoire des sciences et des techniques (Poitiers, 20-22 mai 2004), A. Bonnefoy et B. Joly éds., Cahiers d’histoire et de philosophie des sciences, hors série, p. 98-106 et 148-150.

Siegesbeck, G., 1737, Botanosophiae verioris brevis sciagraphia, Petropoli, Typis Academiae.

Vicq-d'Azyr, F., <1779>, 1805, « Eloge Historique : Linné (Charles) », in Oeuvres de Vicq-d'Azyr (J.L. Moreau (de la Sarthe) éd.), tome 1, p. 169-208, Paris, Baudouin.

1 « Art d’établir et de classer les objets d’une science et de leur attribuer méthodiquement des noms » (Duhamel-Monceau).

vendredi 15 septembre 2006

Buffon et Cuvier – nouveaux éclairages

À propos de l’ouvrage de Philippe Taquet, Georges Cuvier. Naissance d’un génie, Paris, Odile Jacob, 2006.

Dans l’histoire des sciences de la vie, Cuvier incarnerait une rupture qui marquerait le passage de l’histoire naturelle aux sciences naturelles, de la science des descriptions et des rapports comparés de Buffon à une véritable anatomie comparée. Surtout, les disciples de Cuvier feraient de la science une langue difficile et spécialisée, alors que les successeurs de Buffon défendraient une science populaire, accessible au grand nombre des amateurs. Buffon meurt à Paris le 16 avril 1788 et on cite souvent comme emblématique de cette rupture la lettre que Cuvier écrit pendant à l’été 1788 à son correspondant et ami Pfaff : « Les naturalistes ont enfin perdu leur chef ; cette fois, le comte de Buffon est mort est enterré. » Dans cette lettre, le mot « enfin » semble marquer un soulagement et la volonté de tourner une page. La très riche biographie que Philippe Taquet consacre à Cuvier permet d’affiner notre compréhension du rôle de Buffon dans la formation des naturalistes du dernier quart du XVIIIe siècle, et de Cuvier en particulier.
D’un point de vue purement extérieur d’abord, bien loin d’être l’odieux aristocrate à la plume boursouflée et au style ampoulé, dont la Révolution décapitera le fils et étouffera la lignée, Buffon peut servir de « type social » permettant de penser l’ascension de la famille Cuvier à Montbéliard, comparable à celle de la famille Buffon en Bourgogne. On y retrouve des processus « typiques de ce qui se passait dans la France de l’Ancien Régime (endémisme des familles et promotion au cours du temps) » qui permettent à une famille, enracinée dans un terroir et dans un réseau d’unions endogames, de s’élever du bas de l’échelle sociale, en deux cents ans, à travers six générations, jusqu'au rang de bourgeoisie locale.
Toutefois, dans le destin de Buffon comme dans celui de Cuvier, on retrouve une même anomalie : comment un fils de notable devient-il un naturaliste ? Cuvier, « baigné dans un milieu de notaires, de receveurs et de pasteurs », ne sera « ni notaire, ni receveur, ni pasteur et son père, militaire de carrière et quelque peu frivole, ne représentera pas pour lui un exemple à suivre. » (Taquet, p. 33). C’est ici que les précieux documents rassemblés par Taquet nous font comprendre le rôle joué par l’Histoire naturelle dans la formation des goûts naturalistes.
C’est en vacances chez son cousin germain Pierre-Nicolas Cuvier, pasteur à Brévilliers, que Georges Cuvier, encore enfant, aurait découvert l’ouvrage de Buffon. Selon le témoignage de ce cousin, Cuvier en emprunta plusieurs volumes et commença à en recopier les figures au crayons « afin de s’exercer dans le dessin » : « Bientôt, il voulut colorier ces copies. Pour cet effet, il fallait lire les descriptions. C’est ce qu’il fit et il paraît que c’est l’attrait qu’il trouva dans cette lecture, qui le rendit peu à peu amateur passionné de l’auteur de l’Histoire naturelle. »
Cuvier confirme ce témoignage : « Le goût de l’histoire naturelle me vint chez un de mes parents, ministre à la campagne qui avait une jolie bibliothèque et qui possédait entre autres un exemplaire complet de Buffon. Tout mon plaisir d’enfant était d’en copier les figures et de les enluminer d’après les descriptions. J’ose dire que cet exercice m’avait rendu les quadrupèdes et les oiseaux tellement familiers, que peu de naturalistes en ont des idées aussi nettes que je les avais dès l’âge de douze à treize ans. » (Autobiographie, citée par Taquet, p. 53-54).
De même, lorsque, précepteur en Normandie, Cuvier se consacrera à l’ornithologie, il utilisera les travaux de Brisson et de Buffon. Cuvier admire le travail de Buffon mais le remet en perspective avec ses sources : « Buffon parle assez légèrement de Brisson dans plusieurs endroits de ses écrits ; il le traite de nomenclateur. Cependant, il est certain que son histoire des oiseaux est fondée sur celle de Brisson, à la vérité, comme on fonde des palais magnifiques sur des fondations qui ne sont pas sorties de terre ; mais enfin, c’est toujours dans Brisson que Buffon prend ses espèces, qu’il prend presque toutes ses synonymies ; et même ses planches enluminées qui sont une partie essentielle de son histoire naturelle des oiseaux, ont été dessinées et gravées par le même artiste, d’après les mêmes originaux par Martinet… » (cité p. 194).

Ainsi, ces témoignages biographiques nous indiquent la place décisive que Buffon, du fait du rayonnement de ses textes publiés, joua dans la formation de Cuvier. On a par là un indice concret de l’écho que trouva l’Histoire naturelle dans le public et dans la formation des goûts et des savoirs naturalistes. Cela complète donc de manière très vivante ce que Daniel Mornet avait montré d’une manière purement statistique : indiquant la popularité de l’ouvrage et avec quelle fréquence on le trouvait dans les bibliothèques privées (cf. Daniel Mornet, « Les enseignements des bibliothèques privées (1750-1780) », Revue d'Histoire Littéraire de la France, 17 (1910), pp. 449-496.)

Enfin, Cuvier oppose Buffon et Linné comme deux styles de naturalistes, également importants et utiles au progrès de la science : « Linnaeus et Buffon semblent en effet avoir possédé, chacun dans son genre, des qualités telles qu’il était impossible que le même homme les réunît, et dont l’ensemble était cependant nécessaire pour donner à l’étude de la nature une impulsion aussi rapide. Tous deux passionnés pour leur science et pour la gloire ; tous deux infatigables dans le travail ; tous deux d’une sensibilité vive, d’une imagination forte, d’un esprit transcendant, ils arrivèrent tous deux dans la carrière armés de ressources d’une érudition profonde : mais chacun s’y traça une route différente, suivant la direction particulière de son génie. Linnaeus saisissait avec finesse les traits distinctifs des êtres ; Buffon en embrassait d’un coup d’œil les rapports les plus éloignés. Linnaeus, exact et précis, se créait une langue à part pour rendre ses idées dans toute leur rigueur ; Buffon, abondant et fécond, usait de toutes les ressources de la sienne pour développer l’étendue de ses conceptions. » (cité p. 195).

vendredi 21 avril 2006

L'héritage de Buffon - the buffon legacy

Semaine du 3 au 9 septembre 2007.

Pour fêter le tricentenaire de la naissance de Buffon le 7 septembre 1707, l’Université de Bourgogne organise un congrès interdisciplinaire bilingue destiné à réfléchir à l’héritage de Buffon. Dans le cadre de ce congrès, une série d’ateliers en français et en anglais traitera du Rayonnement international de Buffon / Buffon’s influence beyond France, autour de quatre thèmes principaux :

  • La réception des œuvres de Buffon. Y eut-il des différences dans la réception des œuvres de Buffon à l’étranger et en France ? Peut-on distinguer des pays où les traductions, adaptations, vulgarisations de l’œuvre ont été plus rapides, et peut-on en donner des raisons ? L’étude des comptes rendus critiques de l’époque sera bienvenue.
  • Le réemploi ou la citation des œuvres de Buffon et particulièrement des illustrations de son œuvre. Cet atelier sera largement ouvert aux chercheurs en littérature qui questionnent les liens entre histoire des sciences et évolution de la fiction. Les célèbres illustrations de l’Histoire Naturelle ont pu être utilisées à d’autres fins. Il serait intéressant d’en faire un inventaire.
  • Les prédécesseurs ou contemporains, notamment à l’étranger, qui ont pu influencer Buffon, soit directement, soit indirectement, ainsi que le réseau de ses collaborateurs. Même s’il est toujours délicat de démontrer l’influence d’un penseur sur un autre, il n’est pas interdit de s’interroger sur les points de contact et les correspondances entre Buffon et des naturalistes certainement moins connus, ne serait-ce que pour dégager ou mettre en lumière un « air du temps » qui explique la convergence des idées scientifiques à une même époque.
  • Les continuateurs immédiats de la pensée de Buffon. Dans quelle mesure a-t-il déclenché, en particulier à l’étranger, une réflexion des naturalistes, qui, par ailleurs, ont pu dépasser sa pensée ?

Pour tout renseignement, merci de prendre contact avec marie-odile.bernez@u-bourgogne.fr. Les propositions de participation sont à faire parvenir à la même adresse d’ici fin septembre 2006.

vendredi 17 février 2006

Linné, l'éternel rival

La controverse entre Buffon et Linné occupe toujours les historiens des sciences: on la retrouve dans un volume récent, "Les Fondements de la botanique : Linné et sa classification des plantes" (Paris, Vuibert, 2005) et dans un numéro spécial de Pour la science, dans la série "Les génies de la science", coordonné par Pascal Duris (n°26, février-mai 2006). Le volume "Les fondements de la botanique. Linné et sa classification des plantes" (Paris, Vuibert, 2005, 304 p, ISBN 2-7117-9145-9)contient en particulier deux contributions qui opposent le style naturaliste de Buffon et de Linné (celles de Pietro Corsi et celle de Giulio Barsanti). Ce volume contient également deux textes fondateurs de Linné traduits du latin et encore iinédits en français. Éclairés par des études, ces textes fondamentaux de Linné permettent de découvrir son œuvre scientifique et de comprendre sa démarche, tant sur le plan de la classification que de la nomenclature. Le numéro des Génies de la science coordonné par Pascal Duris est consacré à la classification de la nature et à la figure centrale de Carl Linnaeus, plus connu en France sous le nom de Charles von Linné. Le numéro présente un dossier riche en illustrations et en informations. Il permet de prendre un bon aperçu de tous les aspects de la pensée linnéenne de la nature, jusque dans ses développements contemporains. Une section particulière du numéro est consacrée à la controverse avec Buffon ("La France contre Linné", en particulier, les pages 57-59). Le numéro contient par ailleurs une présentation cursive de l'oeuvre de Buffon par Cédric Crémière et Stéphane Schmitt: "Buffon, un savant encyclopédique" (pp. 10-13), utile pour un premier contact avec l'oeuvre du seigneur de Montbard.

Buffon philosophe

Les éditions Honoré Champion viennent de publier l'ouvrage de Thierry HOQUET : "Buffon : histoire naturelle et philosophie" dans la collection Les Dix-huitièmes siècles(n°92) dirigée par Antony McKenna (Paris : Honoré Champion. 816 p. ISBN 2-7453-1246-4.) Cet ouvrage interroge l'histoire naturelle de Buffon comme une philosophie. Par philosophie, il faut entendre le corps complet des sciences de la Nature. La thèse de cet ouvrage est que l'Histoire naturelle n'est pas une histoire naturelle comme les autres. Certes, elle présente la description d'une collection et rassemble les témoignages divers rapportés par les voyageurs; mais si elle traite de la terre ou des animaux, c'est d'abord en vue d'élaborer, à partir de ces matières, un système général de la Nature, où Dieu occupe une place marginale et dont l'âme de l'homme par exemple n'est pas entièrement exclue. Par là, l'Histoire naturelle de Buffon trouve son cœur dans la physique, ce qui transforme profondément la physionomie du système de philosophie (divisé classiquement selon une logique, une physique, une morale et une métaphysique). Ainsi compris, Buffon défait sa défroque de littérateur, vulgarisateur mondain et populaire pour apparaître indissociablement savant et philosophe : c'est cette figure que le livre analyse, en précisant les rapports de Buffon à la conception baconienne des sciences de la nature, et aux grands modèles représentés par Aristote, Descartes et Newton. La confrontation avec la physico-théologie et le providentialisme apparaît également un axe important pour comprendre la pensée de Buffon.

Buffon créateur de mondes

L'ouvrage de Benoît De Baere, "La pensée cosmogonique de Buffon. Percer la nuit des temps", est paru aux éditions Honoré Champion dans la collection "Les dix-huitièmes siècles" dirigée par Antony McKenna. (Paris, 2004, 279 p., ISBN 2-7453-1100-X). Voici la présentation de l'ouvrage par l'éditeur : Fascinés par la question des «origines», les érudits du siècle des Lumières se sont inlassablement interrogés sur l’émergence des premières sociétés, l’origine des langues, l’histoire des religions, la génération spontanée. Au sein de cet immense corpus régi par de complexes réseaux d’interdépendances, les cosmogonies occupent une place toute particulière : leur objet est à la fois fondateur et exemplaire. Le dix-huitième siècle l’a bien compris, et a vu en la réflexion cosmogonique une occasion de s’interroger sur la portée du savoir humain, le rapport entre les sciences et la religion, le statut de l’histoire, et, surtout, la place de l’homme dans l’univers. La pensée de Buffon est exemplaire à cet égard. Ce livre propose une grille de lecture qui tente d’appréhender à la fois les exigences méthodologiques et les choix poétiques qui président à son élaboration, les paradoxes qui lui sont propres, les enjeux philosophiques et religieux qui le traversent.

lundi 13 février 2006

Mise à jour du site.

Les tomes XV à XVIII de l'Histoire naturelle sont en ligne.